En décembre dernier, j’étais en recherche d’une bande dessinée, j’allais avec mon mari à la librairie La Parenthèse à Nancy, mais nous nous sommes trouvés face à une porte close. La librairie était définitivement fermée. Nos pas nous ont alors porté vers le « Hall du livre » devenu une librairie Chapitre. Je n’y ai pas trouvé ce que je cherchais. J’ai monté quelques marches, consulté le petit rayonnage de littérature érotique et me suis arrêtée dans la section lexiques et dictionnaires de petits formats, les écrits autour des mots, de la langue française. Et j’y ai déniché Les expressions grivoises de jadis d’Yves Lamy (éd. Belin, coll. Le Français retrouvé).

Ces expressions grivoises dites de jadis sont du XVe siècle, du XVIe souvent, du XVIIe aussi, lors de cette époque du « moyen français ». La création de ce lexique n’a pas été chose aisée, du fait de l’absence de termes lestes des dictionnaires et des censures diverses qu’ont subi des textes littéraires. Je rapporte quelques propos d’Yves Lamy à ce sujet, extraits de l’introduction de son lexique :

« Les dictionnaires n’ont jamais été très ouverts au vocabulaire estimé inconvenant. […] Les grands travaux historiques ont manifesté de la répugnance à l’égard de la grivoiserie. Edmont Huguet a élaboré un considérable dictionnaire de la Langue du XVIe siècle, où il lui faut bien signaler des mots « libres », mais son répertoire du Langage figuré au seizième siècle (1933) ne comporte aucune expression grivoise, ce qui est une sorte d’exploit ! Lazare Sainéan, décortiquant la Langue de Rabelais (1923), aborde avec des pincettes les « erotica verba » (le latin était de mise) : « Dans l’étude de cette partie scabreuse du vocabulaire rabelaisien, certaines réserves s’imposent… Nous limiterons autant que possible, en y renvoyant, les passages libres. » […]
Les textes
les plus répandus sont en effet ceux qui sont conformes à l’image que l’on a souhaité garder de l’histoire littéraire, d’où sont exclus les genres mineurs et évidemment, les propos licencieux. »

Les expressions grivoises de jadis est un ouvrage plaisant à consulter, qui cite ses sources sans pédanterie, est érudit sans que notre lecture n’en devienne pesante. Le livre est de format de poche, coûte le prix d’un livre de poche et c’est tant mieux parce que, pour une fois, c’est un livre que j’ai acheté.

Un exemple vaut mieux que de longs discours, voici un extrait :

L

LABOURER
LE LABOUREUR DE NATURE
« Le membre viril » (Oudin) ; laboureur de nature humaine et champ de nature sont des périphrases de la médecine ancienne (in Sainéan)
Les autres enfloyent en longueur par le membre qu’on nomme le laboureur de nature, en sorte qu’ilz le avoient merveilleusement long, grand, gras, gros, vert et acresté à la mode antique.
Rabelais, Pantagruel, 1532

VOUS LABOUREREZ AVEC NOS BOEUFS
« Mot de macquerelle, vous coucherez avec nos filles » (Oudin). Le laborage désignait toute besogne : « travail en général » et en particulier « métier de courtisane » (Ancien français). Selon l’image traditionnelle, le bœuf est plutôt l’homme qui laboure : « Ne ja n’iert bien sa terre costoïe Tant con el n’ait c’un beuf à sa charue », elle ne sera pas bien labourée tant qu’elle n’aura qu’un bœuf (Robert de Reims, XIIIe s. , in Fleur de la poésie).