Montcul est un original de la pire espèce. Il ne cède qu’à ses caprices et ceux-ci prennent des formes subtilement perverses. Qu’il s’agisse de présenter des plats, de punir quelques mots de trop ou de tenter une expérience, l’excès est de rigueur, la barbarie souvent aussi. Car Montcul a renoncé aux usages de ses contemporains, vit retranché dans son château en mer, a fixé ses propres règles de vie, même pour se vêtir car le costume européen contemporain lui semble laid et malcommode. Il vit entouré de sa cour, deux nègres bien membrés comme il se doit, des femmes et jusqu’à une petite jeune fille vêtue en pute qui perd le même jour pucelage et vie. Montcul ne peut bander que devant les scènes les plus atroces, violence et sexe sont donc nécessairement combinées. Le narrateur, ami de Montcul, assiste à certaines scènes, y participe, jusqu’à ce que la peur le saisisse devant les sautes d’humeur du châtelain…

« Faut-il ajouter qu’il ne ne m’aurait rien dit d’écrire un livre érotique pour l’agrément des plaisanciers ? » (préface de Mandiargues, p. 17).

Il ne faut pas lire ce roman en pensant se manuéliser. Mandiargues peint l’horreur, les scènes sont très violentes, le personnage de Montcul exprime avec la plus grande légéreté toutes ses fantaisies, tous les ressorts de son imagination pour éviter l’ennui. Il se délecte en détruisant autrui.

Je n’ai ni aimé ni détesté ce livre. Il est remarquable et terrible.
J’ai craint de ne pas pouvoir réussir à le lire, suite aux mises en garde reçues, mais seule une scène où un bébé est présent m’a fait un temps poser le livre. Un bébé, c’était trop pour moi à ce moment-là. Le passage était assez court, heureusement.

L’Anglais décrit dans le château fermé, André Pieyre de Mandiargues, L’imaginaire Gallimard (1979)