On ne naît pas homme, on le devient, répète inlassablement le Pr Gerald Hüther dans ce livre au titre énigmatique : Les hommes, le sexe fort ? Un cerveau bien particulier...

Pas seulement un cerveau, mais un chromosome Y dont les rares gênes différents n’expliquent pas les différences entre hommes et femmes, pas plus que la présence d’un taux de testostérone plus élevé. Des facteurs biologiques existent bien, le cerveau a une maturation différente, et pourtant les facteurs liés au développement du petit garçon sont primordiaux : celui-ci s’oriente dans la vie, en fonction du cadre socio-culturel. Mais ce sont ses propres choix qui sont décisifs, encouragé et porté par l’amour familial. La deuxième partie du livre, « Le sexe faible en quête de soutien » (et le « sexe faible » est justement celui que l’on nomme traditionnellement « fort »), explore ce qu’est la vie d’un homme, de sa conception à sa vieillesse. Les données objectives et la description, presque clinique, sont enveloppées dans la croyance forte de l’auteur d’un cheminement de vie nécessaire pour devenir un homme.

La première partie peut semble la plus intéressante, parce que plus objective et posant un cadre de réflexion large sur le genre : il s’agit d’évoquer « la nature du genre masculin ». Le lecteur est alors entraîné non pas dans le cas spécifique de la reproduction humaine, mais dans le cas de la reproduction de l’ensemble du vivant, plantes, bactéries, poissons, insectes… La reproduction sexuée n’est pas le seul modèle, loin de là. Les espèces n’ont pas toutes besoin du genre masculin et du genre féminin. La reproduction asexuée est fréquente. Certains champignons partiquent aussi un mode de reproduction avec des genres multiples. La reproduction sexuée se manifeste surtout lorsque les conditions de vie sont instables, où un besoin d’adaptation est nécessaire, et donc où le patrimoine génétique doit se diversifier. Le masculin et le féminin naissent de l’instabilité :

« La reproduction fonctionne aussi très bien sans sexe, ainsi les mâles n’ont pas nécessairement une utilité pour l’échange sexuel. Mais quand la situation se corse parce que la nourriture commence à manquer, que le cadre de vie change trop vite ou que des dangers et les ennemis menacent, la vie continue seulement s’il y a des hommes pour assurer une reproduction sexuée. » (p. 57)

Ce livre est traduit de l’allemand. On ne s’étonnera donc pas des exemples pris dans les données démographiques allemandes (notamment le nombre de naissance de garçons qui a fortement chuté suite à la disparition de l’Allemagne de l’est). Précédemment auteur de Biologie de la peur, « quand le stress devient moteur de changement », ce neurobiologiste utilise un vocabulaire clair et de nombreuses images qui rendent son propos accessible. On peut reprocher cette volonté de vulgariser le propos au point d’utiliser des images faciles, comme la vision du cerveau du garçon comme un orchestre où flûtes et violons seraient placés trop en arrière, laissant cuivres et timbales s’agiter en première rangée. Le livre est aussi dominé par une conception particulière et personnelle de l’homme, qui doit être aimé pour devenir lui-même, aimer à son tour et trouver dans cet équilibre les raisons de son existence. Le Professeur Gerald Hüther ne s’exprime alors pas en tant que neurobiologiste, mais en tant qu’homme, tout simplement.

Les hommes, le sexe fort ? Un cerveau bien particulier…, Pr Gerald Hüter, traduction d’Emmanuelle Petit, éd. Le Souffle d’or, coll. Neurosciences, 14,10 €

 

Présentation de l’éditeur sur cette page : http://www.souffledor.fr/boutique/produits_les-hommes-le-sexe-fort_60_3446.html