Le festival théâtral Les jeunes pousses(ent) propose trois pièces en représentation dans la salle Le Pot au noir (à St Paul-les-Monestiers), à L’Autre rive – CLC d’Eybens (au sud de Grenoble) et au Théâtre de poche (à Grenoble) : Misterioso, Narcisse et Quartett, que nous venons d’aller voir à Eybens, par la compagnie Encore heureuX.

Mise en scène : Aurélie Derbier

Jeu : Clotilde Sandri et Cyril Fragnière

Création et régie lumière : Karim Houari

Création sonore : Morgan Prudhomme

Création constumes : Olivia Ledoux

Création maquillages : Laurence Perrin

Scénographie, graphisme et photos : Clément Ségissement

Régie son : Céline Fontaine

Texte : Heiner Müller

La pièce sera de nouveau jouée vendredi 20 avril, Pot au noir et samedi 21 avril, Tricycle – Théâtre de poche, à 20h30 pour ces deux représentations. Durée approximative : 1h15. Public adulte.

 Présentation de la pièce :

« La Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont sont seuls. Ils se livrent à un jeu, une guerre en huis clos dont l’enjeu est la destruction l’un de l’autre, l’un par l’autre. Dans un monde sans futur et sans espoir de rédemption, ils sont arrivés à l’endroit où l’ennui, le cynisme et le spectre de la mort nourrissent le déisr de jouir de tout, jusqu’à l’extrême.

« Quartett » est un pièce de théâtre écrite par Heiner Müller en 1980. Réécriture des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, la pièce se déroule, d’après la didascalie initiale, dans « un salon d’avant la révolution française. Un bunker d’après la troisième guerre mondiale ».

En situant l’action hors du temps et de l’espace comme « au dessus » des Hommes, l’auteur nous pose en observateur de la destruction du monde, destruction qui prend corps dans la relation de deux personnages, Merteuil et Valmont.

« Nous avions envie de nous confronter à ce texte emprunt de cruauté et d’érotisme. Envie de nous confronter à une langue riche et élaborée qui soulève tant d’interrogations sans jamais apporter la moindre réponse. Enfin, nous avions envie d’endosser ces rôles mythiques et monstrueux. » Extrait de la note d’intention.

(photographie de Clément Ségissement)

Deux acteurs, la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, s’affrontent lors de dialogues où chacun tient son propre rôle ou celui d’un autre. Ainsi la marquise devient Valmont et Valmont, la présidente de Tourvel, la marquise devient Cécile de Volanges, la nièce virginale, tandis que Valmont reste lui-même à moins qu’il ne joue le rôle d’un prêtre qui fait découvrir à Cécile les trois lieux où Dieu se cache en elle.

 VALMONT Je crois que je pourrais m’habituer à être une femme, Marquise.

MERTEUIL Je voudrais le pouvoir.

Un temps.

VALMONT Alors quoi. Continuons à jouer.

MERTEUIL Jouer, nous ? Quoi, continuons ?

La dimension théâtrale est omniprésente, les personnages sont acteurs face à un public qu’ils imaginent et auxquels ils s’adressent, face à eux-mêmes, l’un en face de l’autre en reflet, ou face au miroir dont il ne reste que quelques morceaux. La pièce ne peut se terminer que sur la mort des personnages. Quelle autre issue puisque leur vie est un jeu d’acteur ?

(photographie de Clément Ségissement)

Ils miment les scènes, ils miment les gestes et les paroles d’autres personnages, et les attributs du masculin ou du féminin passent de l’un à l’autre : la marquise endosse une coque pour figurer un pénis, le vicomte des seins de métal. Enserrés tous deux sur leur chemise par des liens, ils se tiennent l’un l’autre d’une même poigne.

Cruel, macabre et sexuel. Le jeu endosse les pantomimes de relations sexuelles, Cécile avec une corde, Valmont ou la Marquise dans leur déhanché. Les figures de style, métaphores ou périphrases, à dénotation sexuelle, à connotation érotique, sont nombreuses dans le texte :

VALMONT (à propos de Cécile) : Passés les frimas des prières enfantines, je parie qu’elle brûle de recevoir le coup de grâce qui mettra fin à son innocence. Elle se jettera sur mon couteau avant que je l’aie tiré. Elle ne fera pas le moindre zig-zag : elle ignore les frissons de la chasse.

[…]

MERTEUIL Avez-vous des difficultés, Valmont, à faire que se dresse le meilleur de vous-même ?

 

Deux acteurs qui ont tenu en haleine, au bout de leurs mots, une salle, petite, certes, mais toute à leur écoute. Une très belle représentation dont je suis sortie enchantée.

MERTEUIL  Nous ferions salle comble, n’est-ce pas Valmont, avec les statues de nos désirs en décomposition.