L’épithète « fabuleux » présent dans le titre n’est pas usurpée : l’histoire du clitoris est pleine de surprises et l’auteur, Jean-Claude Piquard, fait un récit palpitant de l’aventure liée à la représentation du clitoris, à son usage, au lexique, à sa définition, aux idéologies qui sont liées (théorie des humeurs, orgasme et reproduction, masturbation, hystérie, sexualité selon Freud…).

L’enquête historique sur le clitoris réalisée dans cet ouvrage est menée suite à un constat : les jeunes filles de 13-14 ans ignorent souvent ce qu’est le clitoris, où il se situe, à quoi il pourrait servir. Cependant, quand l’on constate que les cours d’éducation sexuelle ciblent les IST, les dangers de la sexualité, quand l’on constate que les cours sur la sexualité humaine se limitent au système de reproduction, à sa mécanique, qu’y a-t-il d’étonnant à cela ? Quand le mot « clitoris » est-il prononcé ?

Jean-Claude Piquard se plonge donc dans des textes anciens, dans les représentations de la sexualité sur des poteries gauloises, dans les gravures anatomiques et artistiques, dans les descriptions médicales, dans les œuvres libertines comme Thérèse Philosophe… Le clitoris était alors connu, reconnu comme organe du plaisir féminin, souvent comparé par sa morphologie, par son érectilité, à la verge masculine. L’Église catholique encourageait les maris à caresser le clitoris d’une femme qui n’aurait pas atteint l’acmé du plaisir que l’on ne nomme pas encore orgasme, pour que la femme d’une part puisse mêler ses fluides à ceux de l’homme et ainsi enfanter, puisque telle était la croyance à ce sujet, et d’autre part, pour que la femme soit satisfaite et ne soit pas amenée à avoir des pensées impures. Que s’est-il donc passé pour que les connaissances sur le clitoris finissent par disparaître ? Pour que le mot soit ôté des dictionnaires (un Larousse des années 1950 ne connaît plus le mot) ? Pour que la sexologie le néglige ? Plusieurs pistes sont avancées : théorie des humeurs contrecarrée par les progrès scientifiques, inutilité de l’orgasme féminin pour procréer, poussée nataliste importante, théorie freudienne de la maturité de l’orgasme vaginal (expression alors créée) par rapport à une sexualité clitoridienne infantile…

L’obscurantisme a la vie dure, les représentations de la sexualité par la seule pénétration, la nécessité d’un orgasme vaginal dispensé par le pénis (le clitoris a d’ailleurs pu être nommé « mépris des hommes » par Lignac en 1772), simultanément à celui de l’homme de surcroît, sont encore bien présents dans nos schémas de pensée.

Un livre tel que celui de Jean-Claude Piquard est d’utilité publique. Rien de moins. Il s’agit aussi d’une lecture passionnante et fort bien documentée, d’un ouvrage récompensé par le prix spécial du jury Éros Évian.

Pour continuer de faire progresser les connaissances au sujet du clitoris, de l’orgasme chez la femme, le site de l’auteur où l’on peut trouver toutes les références des textes en accès libre, une enquête et un grand nombre d’informations : www.piquard.eu

La Fabuleuse Histoire du clitoris, Jean-Claude Piquard, éd. Blanche, 16 €

 

Extrait, p. 158 :

Et la sexologie ? Est-elle à la pointe de la connaissance du clitoris ? Pendant mes études de sexologie, aucun cours sur le clitoris. Et son corollaire, pas de définition cohérente de l’orgasme. Nous y reviendrons plus loin.
Dans les congrès de sexologie, le sujet central est le membre viril et ses dysfonctionnements. Il est vrai que ces réunions sont en partie financées par les laboratoires pharmaceutiques et que, pour l’instant, il n’y a de médicaments que pour le pénis défaillant. Il n’est pas rare que dans un congrès de trois jours, le mot « clitoris » ne soit prononcé que trois ou quatre fois. On y entend encore : « En cas de trouble de l’érection, la relation sexuelle n’est plus possible. » Certes la pénétration devient problématique, mais la relation sexuelle est plus vaste que la seule pénétration : de nombreux couples touchés par la dysérection trouvent naturellement un nouvel équilibre par les caresses et par le masturbation réciproque qui leur procurent une réelle complicité dans l’extase sexuelle partagée… Ainsi, même chez certains sexologues, on trouve encore des séquelles d’une représentation de la sexualité qui se limite à la sacro-sainte pénétration reproductive.