Elle ou lui ? Une histoire des transsexuels en France de Maxime Foerster vient d’être réédité (première publication en 2006) aux éditions La Musardine, dans la collection L’attrape-corps, qui met en avant des questions d’ordre sexuel, propose des essais que j’ai souvent trouvés intéressants. Que l’on se rapporte à l’excellent L’amour gourmand – Libertinage gastronomique au XVIIIe sièce de Serge Safran par exemple, qui m’a laissé un très bon souvenir de lecture.

Je vous propose une promenade à travers cette histoire des transsexuels en reprenant quelques éléments des sept chapitres qui la composent, avec quelques citations relevées ici ou là, mes notes de lecture…

Le livre est introduit par Henri Caillavet (dont nous trouverons plus loin la proposition de loi qu’il avait rédigée), avec notamment cette phrase :

« La nature est parfois bien ingrate, sinon aberrante, lorsqu’elle ne permet pas l’affirmation de sa propre identité. » p. 15

Face à cette aberration, des combats pour une reconnaissance, une affirmation des droits des transsexuels. Ce livre est en effet le récit de ces luttes, avec des figures marquantes, des témoignages, des photographies. Explications, définitions des termes, faits chronologiques, le tout mêlé d’anecdotes. L’auteur nous convie à lire une histoire vivante qui ne s’offusque pas de citer la presse grand public, parce que cette presse grand public a aussi contribué à forger cette histoire.

I. Le berceau allemand

« Conceptuellement forgé par la sexologie et pratiquement envisageable par l’endocrinologie naissante, le transsexualisme devient une réalité historique dans l’Allemagne des années 1920 lorsque les premiers changements de sexe ont lieu dans l’Institut de Sexologie fondé à Berlin par Magnus Hirschfeld. » p. 18

Otto Weiniger : « La classification des êtres vivants en mâles et femelles apparaît insuffisante pour rendre compte de la réalité. »

En France, on commence à s’intéresser au phénomène de changement de sexe. Dans le magazine Voilà dans les années 30 des pages sont consacrées à des récits de changement de sexe. D’autres publications s’intéressent au travestisme ainsi qu’à la volonté de changer de sexe.

« Si la France suit de près les débuts du transsexualisme en Allemagne, le milieu médical et psychiatrique ne partage pas le militantisme du docteur Hirschfeld, reprenant une partie de ses typologies tout en y injectant de la pathologie. » p. 51

Avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, c’en est fini de la clinique de sexologie.

II les débuts du mouvement

Un nom à retenir : Harry Benjamin aux USA.

« Nous constaterons plus tard l’influence de Harry Benjamin en France lorsque l’une des premières associations de défense du transsexualisme en France, créée en 1993, choisit de s’appeler l’ASB : l’Association du Syndrome de Benjamin, en hommage à celui qui lutta toute sa vie pour la dépsychiatrisation du transsexualisme. » p. 57

Des personnes donnent une visibilité aux transsexuels, comme Michel-Marie Poulain, premier transsexuel connu, peintre MtF.

Jean Anouilh écrit à son propos : « Le scandale, qui entoure toujours la liberté, ne doit pas rejaillir sur son œuvre. Poulain n’est pas une figure amusante de la faune parisienne qui brosse aussi des toiles, c’est avant tout un artiste, mieux, un ouvrier robuste et consciencieux devant les lois de son art. » pp. 62-63.

Des questions d’ordre pratique sont évoquées, notamment l épilation à l’électrolyse.

L’Association Aides aux Malades Hormonaux est créée en 1965, elle s’efforce de venir en aide aux transsexuels.

III Et Dieu créa Coccinelle

« Figure essentielle de la culture cabaret transgenre à Paris, elle incarne tout au long des années 1950 et 1960 la condition transsexuelle aux yeux du grand public. » p. 77

La figure de Coccinelle occupe ainsi un chapitre de ce livre, il est question à travers elle du Carrousel, un cabaret. Quelques éléments de sa vie sont racontés : son opération, son mariage. Beaucoup de photographies en noir et blanc accompagnent le texte.

IV Paris et l’âge d’or de la culture cabaret transgenre

« Deux cabarets tenus par le même propriétaire constituent l’épicentre de cette culture, il s’agit de Madame Arthur et du Carrousel. Dès les années 1920-1930 Paris abrite et entretient cette culture avec, entre autres, le bal de Magic City et le cabaret montmartois La Petite Chaumière. » p.100

« L’ordonnance de 1949 contre le spectacle de travestis a paradoxalement fini par encourager le transsexualisme puisque la prise d’hormones et les cheveux longs naturels ont permis de contourner l’interdiction de se travestir. » p. 107

« Sachant les passerelles entre Madame Arthur et le Carrousel et étant donné que le Carrousel et Elle et Lui avaient des loges communicantes et des coulisses communes, c’est à partir de ces infrastructures de sociabilité que se crée le premier milieu transsexuel en France. » p. 108

V Expression, répression

D’un côté un militantisme qui s’affirme, avec notamment les Gazolines (militantisme politique intégrant l’esthétique avec maquillage et travestissement.), L’AMAHO (association d’aide aux malades hormonaux) qui distribue des cartes ressemblant aux cartes d’identité.

De l’autre, la répression.  Médicale : pour Lacan, il s’agit d’un délire pathologique, mais aussi la répression physique policière.

VI Le Centre du Christ Libérateur

Si l’homosexualité n’est plus considérée en 1981 en France comme une maladie mentale, rien n’est encore dit sur les transsexuels.

Le texte du sénateur Caillavet défend une proposition de loi, mais le texte s’égare et n’est jamais débattu…

Les Lacaniens continuent de se déchaîner, comme dans Horsexe de Catherine Millot.

Joseph Doucé, pasteur baptiste, psychologue et sexologue fonde alors Le Centre du Christ Libérateur (CCL) pour la reconnaissance des droits des transsexuels. Il organise des groupes de parole, un soutien politique contre la discrimination et publie un essai, La question transsexuelle.

VII Nommer et combattre l’ennemi : la transphobie

La notion de transgendérisme est mis en lumière : « un lieu de conscience entre le travesti et le transsexuel qui se sentent inutilement désunis au sein de notre propre subculture. […] C’est notre culture qui impose la bipolarisation du genre en tenant compte du biologique. C’est notre culture qui nous a fait un lavage de cerveau ainsi qu’à notre famille et à nos amis qui sans cela auraient été capables de nous aimer et d’embrasser notre diversité comme quelque chose de désirable et de naturel – quelque chose qui devrait être célébré. » (p. 191)

Trois profils de trangendérisme sont cités en exemple : travesti avancé, androgyne, la personne pré-transsexuelle.

Il ne s’agit plus de choisir l’un ou l’autre sexe, comme le titre semble le suggérer (« elle ou lui ? ») mais bien reconnaître un entre-deux qui se satisfait de n’être ni entièrement l’un ni entièrement l’autre.

Des informations s’agglutinent. Je retiens : CARITIG est la première association trans’ à avoir promu le transgenre en France. Le zap, pratique qui consiste à dénoncer publiquement, si possible de façon spectaculaire, les principaux acteurs de la transphobie.

Poursuite du chapitre sur le militantisme trans’

Conclusion

La question transsexuelle au-delà de la France (influence américaine notamment)

Lorsqu’au transsexualisme s’adjoint l’homosexualité : « appliqué à la question transsexuelle, l’hétérosexisme postule qu’une transition réussie doit aboutir à une sexualité hétérosexuelle » (p. 204)

Les MtF plus visibles que les FtM. Mais comment chiffrer et est-il pertinent de chiffrer ?

« En dépit de la destinée romanesque et des personnalités exceptionnelles qui jalonnent les chapitres de ce livre, il faut garder à l’esprit qu’écrire une histoire des transsexuels en France, revient à reconstituer un agencement de violences qui s’exercent à l’encontre de celles et ceux qui ont refusé l’assignation à une identité de genre. » (p. 207)

Je vous invite à lire une présentation du livre sur le blog C’est mon genre ! : http://cestmongenre.wordpress.com/2012/07/10/elle-ou-lui-et-tout-le-reste-du-monde-alors/

 

Elle ou lui ? Une histoire des transsexuels en France, Maxime Foerster, ed. La Musardine, coll. L’attrape-corps, 16 €