L’auteur, Maxim Jakubowski, est présenté en quatrième de couverture comme un « maître de l’érotisme et du roman noir […] considéré comme le spécialiste de la littérature érotique en Angleterre et aux U.S.A. » Et je n’avais jamais rien lu de lui, malgré la publication de Ma vie chez les femmes et Montana aux éd. Blanche, ainsi que Confessions d’un pornographe romantique réédité à présent dans la collection de poche de la Musardine, Lectures amoureuses.

Une jolie photographie de couverture de Valentin Casarsa, non sans lien avec le texte puisque le personnage principal, outre le romancier Conrad Korzeniowski (la finale en -wski semblable à celle de l’auteur du roman, oui oui…) sur lequel elle enquête, est Cornélia, une jeune femme blonde, grande, mince, strip-teaseuse de profession quand elle ne tue pas sur commande.

Conrad est mort, avant de finir un probable projet de confession de sa vie sexuelle. Et, à voir toutes les femmes qui assistaient à son enterrement, on peut se demander quelles ont été ses maîtresses… Cornélia renonce à tuer mais accepte une enquête sur cette possible œuvre de Conrad désormais introuvable. S’entrecroisent enquête et chapitres de cette confession étrange d’un « pornographe romantique ».

Le milieu du strip-tease mêlé au genre du polar a fait l’objet d’un roman que j’avais pu lire, Strip-tease de Leigh Redhead. Dans Confessions d’un pornographe romantique, le sexe est bien plus présent, qu’il s’agisse des pages de confessions (que l’on reconnaît à leur typographie) ou des aventures de Cornélia-Miranda avec son attrait trouble pour la domination.

Des motifs sont récurrents : blancheur de porcelaine des femmes, repas d’huîtres et goût du sperme, femme attachée par des foulards ou des cravates. Le verbe pilonner est aussi amplement utilisé. Des marottes de l’écrivain ? Mais duquel ? Conrad ? Maxim Jakubowski mettant en scène Conrad obnubilé par certaines scènes ? Confessions d’un pornographe romantique est ainsi un roman à plusieurs niveaux, qui interroge l’écriture par le biais d’un écrivain, lui-même personnage. Cornélia cherche à travers les textes épars à comprendre Conrad, à tisser ensemble des éléments, à retrouver l’étrange commanditaire de cette enquête : les textes qui nous sont donnés à lire sont donc des indices de l’enquête qui se mène avant et après ces pages.

Cela aurait pu donner quelque chose d’exceptionnel, mais le lecteur reste sur sa faim concernant certains détails qui collent mal, et notamment l’arrivée inopinée de « Dompteur d’ange », un homme qui cherche à éliminer Cornélia. Pour qui travaille-t-il ? La supposition finale de Cornélia n’est guère satisfaisante. Les raisons d’agir et de ne plus agir de la commanditaire de l’enquête semblent résoudre avec un peu trop de facilité la fin du texte. Le roman n’en est pas moins plaisant.

Confessions d’un pornographe romantique, Maxim Jakubowski, traduit de l’anglais par C.P. Henry, éd. La Musardine, coll. Lectures amoureuses, 9,95€

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Extrait, p. 134 :

Peut-être suis-je un obsédé sexuel romantique qui a vu trop de films, et qui estime que chaque existence, chaque liaison, mérite une illustration musicale ?
Ou bien ne suis-je qu’un dégoûtant pornographe, aveuglé par les sens, persuadé que l’intimité choquante de chaque excès sexuel peut atteindre au sublime de la beauté si on lui fournit un accompagnement musical approprié ?
Je peux vivre avec l’une ou l’autre de ces théories, ou les deux, sans aucun doute.