J’ai tout de suite remarqué dans ce Osez… les sexfriends une présentation de la couverture différente de ce que je connaissais : un bandeau rose en bas de la première de couverture (simple variante sur le titre avec cette exclamation : « Osez enfin coucher avec votre meilleur(e) ami(e) ! »), une organisation très différente en quatrième de couverture avec une mince colonne sur l’auteur, une notice placée en haut à gauche, et en-dessous, ce qui sera des données invariables : la bande rose célébrant le succès de la collection (« 50 titres parus, plus de 600 000 lecteurs ! ») et trois citations, de Libération, Le Matin et Cosmopolitain, avec une même célébration louangeuse, fruit d’un point de vue extérieur.

La quatrième de couverture me semble réussie, elle est claire, structurée, suscite bien entendu la lecture (ou l’achat dirons-nous) puisque si tant lisent ces petits guides, si tant de journaux en parlent, c’est nécessairement bien. La réalité de la collection n’est peut-être pas si rose que le bandeau, il y a d’excellents titres et des titres creux, mais somme toute, le pari de présenter des pratiques sexuelles à un public large est amplement atteint.

 

Ce denier guide Osez traite donc d’un concept-phare de la vie sexuelle contemporaine, si on en croit les témoignages divers, les séries télé (une analyse intéressante figure à ce sujet, pp. 34-36), etc. : le sexfriend. Concept flou dont je serais bien incapable de donner une définition précise après avoir lu le livre, puisque le terme reflète des réalités diverses. Et, contrairement à ce qu’annonce le bandeau rose de première de couverture, il n’est pas du tout question de coucher avec son meilleur ami. Le meilleur ami n’est pas un sexfriend, comme ne doit pas l’être non plus son colocataire, son beau-frère, et bien d’autres personnes incompatibles avec le rôle.

Marie Minelli s’interroge sur les appellations du sexfriend. Le peu élégant PQR, plan cul régulier, est peut-être cru, mais il définit probablement le mieux ce qu’il est : une relation basée sur le sexe. Très différent du coup d’un soir, avec un inconnu, un anonyme, celui ou celle que l’on ne compte pas revoir. Mais aussi loin d’une réelle amitié, contrairement à ce que le mot « friend » pourrait suggérer. De fait, l’expression « amitié améliorée » me laisse perplexe : qu’améliore-t-on avec le sexe ? N’est-ce pas au contraire une relation d’amitié au rabais, puisque le « sexfriend » n’est pas là pour soutenir, converser, partager, bref avoir des échanges (si ce n’est celle de fluides) ? L’expression « pote de baise » me fait rire, mais je préfère largement voir le mot « pote » qui implique une relation moins forte que l’amitié dans la précédente expression citée.

Les motivations pour avoir un « sexfriend » sont variables d’un individu à l’autre. Le faute de mieux revient souvent, l’entre-deux aussi, le fait qu’il s’agisse d’une relation « hygiénique » pour la bonne santé sexuelle en somme. Je suis réellement perplexe face à ce concept et cette pratique. Elle est pour moi incompréhensible, car ni plan cul (ou rencontre à visée uniquement sexuelle non répétée avec le même individu) que je peux comprendre pour satisfaire des besoins, envies, fantasmes du moment, ni amant (puisque la relation est certes suivie, mais sans réelle dimension affective). Quoique… pour certains, il y a une relation affective de base. Alors pourquoi ne pas parler dans ce cas d’amant ? Terme désuet ?

Le concept de sexfriend reste pour moi complètement opaque, incompréhensible pour mon mode de pensée. Que dire du livre, en somme ? L’intérêt réside dans les multiples témoignages, dans l’ouverture que ceux-ci nous offrent sur la pensée d’autrui. Il manque à mon avis une analyse plus poussée du phénomène, à l’instar des quelques pages citées plus haut sur sa place dans les séries télévisées.

Osez… les sexfriends, Marie Minelli, éd. La Musardine, coll. Osez, 7,10€