J’ai rapidement été enthousiaste à la lecture de ce roman qui comportait, dans le fichier que j’avais reçu, après avoir agrandi un peu la taille des caractères, plus de 300 pages en format A4. Très long, trop long pour ma collection, et même si le roman me plaisait beaucoup, je ne savais pas très bien ce que j’aurais pu proposer d’en faire avec l’accord de l’éditeur : un feuilleton peut-être, étais-je en train d’imaginer… Ma réponse à cet envoi de tapuscrit a cependant été trop tardive, puisque le roman a été entre temps publié aux éditions Textes gais. Dommage pour nous, ai-je envie d’écrire. Mais comme j’ai lu et apprécié Esclave à l’entraînement, je peux vous en parler et vous orienter vers sa lecture ailleurs que dans ma collection

Je déteste leur couverture, et certes, peut-être est-ce le propre de la maison d’édition de proposer une telle photographie en première de couverture, l’accent est mis sur la beauté sombre du jeune homme (du moins beau sur certains critères, pas les miens), mais la photographie me semble si peu correspondre avec le contenu du livre… Le jeune homme n’est-il pas sûr de sa beauté, de son pouvoir, n’est-il pas un peu arrogant ? Il aurait dû selon moi se trouver à terre, plié, jambes écartées, mains au dos, embrassant les pieds de celui qui vient de le punir, pour remercier d’avoir consenti à le punir car cette punition est juste et méritée.

Si je vois cette couverture et ce titre, je n’ai aucune envie de lire. Peut-être bien sûr si j’étais un lecteur homo de textes homosexuels, cela m’attirerait. Mais en tant que lectrice de textes érotiques… Et puis même, si l’on est simplement lectrice ou lecteur de textes érotiques, c’est peut-être un roman qui déçoit si l’on n’y cherche que ça. Car il faut y lire autre chose, et c’est cet aspect particulier qui m’a intéressée plus que tout : il s’agit d’un roman réellement ancré dans le bdsm. Pas un bdsm d’opérette, pas un bdsm qui se croit obligé d’utiliser les codes du genre : paf une fessée, clic des pinces à seins, tout ça dans un ordre bien défini, inutiles les tenues fétichistes, pas une accumulation de scènes de sexe, mais bien plus que tout cela, bien mieux : l’aspect psychologique dominant, la relation maître/esclave en devenir fondée sur une compréhension viscérale des comportements humains, des faiblesses, des doutes mais surtout des aspirations profondes, du ressenti, des émotions. Le maître n’est pas cruel par désir d’être cruel, il ne pense qu’au bien-être de son esclave, à son amélioration constante.

Ce livre est le récit d’un cheminement d’une jeune homme, Max, qui prend conscience du fait qu’il est esclave, au fond de lui, que tout son être est voué à être esclave. Et il ne peut en prendre conscience que lorsqu’il rencontre James. La notice du livre parle de conscience de son homosexualité. En réalité, Max préfère les hommes, mais peut être attiré aussi par des femmes, il est donc ce qu’il conviendrait d’appeler bisexuel avec une préférence masculine. Lorsqu’il rencontre James, il découvre surtout une vénération pour celui qui deviendra son maître. Cela dépasse la sexualité qui n’est que secondaire dans ce roman, c’est un engouement fondé sur un respect profond, la volonté de servir.

Je n’ai rien lu de tel sur le bdsm depuis l’étrange récit autobiographique La Liste de Nurse Jones qui m’a profondément marquée. L’auteur maîtrise la langue, le roman est bien écrit. Je vous le conseille vivement si vous souhaitez lire une œuvre littéraire qui prenne en compte le bdsm dans ce qu’il peut avoir de plus profond.

Esclave à l’entraînement, Danny Tyran, éd. Textes gais, 9,99 € (formats Pdf, mobi, ePub)