Jaune pimpant, avec des motifs bleus : chaussure, tube de rouge à lèvres, porte-clef. Autrement dit, des attributs féminins. Une coupe de cheveux à l’horizontale, des lignes droites. Heureusement, pour adoucir l’ensemble, des fesses rebondies et des seins aux aréoles non moins rondes. Telle est la couverture de Linda aime l’art. Cette seule couverture irrite ou séduit. Pour moi, c’était plutôt un grand point d’interrogation. Et le point d’interrogation m’est resté en tête au fil des pages.

Linda aime l’art. Un titre provocant, non ? Si elle aime l’art, et que toi, lecteur, tu n’aimes pas ce que tu vois, alors pauvre lecteur, tu es une buse, tu ne comprends pas l’art. Et c’est clair, je n’ai rien pigé à ce volume. Le titre me rappelle dans sa suffisance que je ne connais rien à l’art pictural. Sauf ce que je ressens : je ne fais que me laisser guider par des impressions. Et mon impression est que Philippe Bertrand en a trop fait.

Pourtant, je vous assure, Philippe Bertrand, je l’aime beaucoup, en tant qu’auteur de La Baronne n’aime pas que ça refroidisse, en tant qu’auteur de Dix-huit meurtres porno dans un supermarché. Les illustrations qui accompagnent ces très bons romans sont de lui et j’avais pu les apprécier, j’étais ravie de découvrir ces livres illustrés à la façon de livres pour enfants pour adultes délurés. Mais là…

Un texte réduit au minimum. Le genre de phrases des méthodes Assimil : « Linda aime l’art. », « Linda habite au 25e étage. », « Elle ne sort jamais. » Vous me direz que Ionesco a fait une pièce de théâtre de phrases de méthodes Assimil et que Philippe Bertrand peut bien en faire une BD. Que ses phrases sujet-verbe-complément ne vous détournent pas des romans dont je parlais précédemment : je vous assure que l’auteur est capable d’écrire des textes bien plus travaillés (et drôles en plus!).

Que fait Linda sur toutes ces pages ? Elle regarde via un vidéoscope le canal Q qui diffuse en continu des scènes filmées chez autrui. Des scénettes de sexe. Parfois Linda doit regarder en penchant la tête parce que les vignettes perdent l’équilibre, se verticalisent, parfois les images explosent sur la page, on se demande pourquoi, mais c’est sans doute cela, l’art : un truc qu’on ne comprend pas et devant lequel on prend des poses réflexives en s’interrogeant sur le sens profond de la chose. Parfois on pérore pour ne pas avoir l’air bête. Je me garderai de pérorer car je vous l’ai dit : je n’ai rien compris et je n’ai pas aimé non plus.

C’est tellement intellectuel en somme que nous avons en préface une Lettre à Philippe Bertrand par Frédéric Beigbeder et une postface de Jean-Marc Thévenet qui raconte l’historique de la création de Linda aime l’art. En quatrième de couverture, des éloges de Libération, de Spot BD et de Le Soir. On apprend aussi que « Linda aime l’art est mythique après des amateurs d’érotique-chic ». Peut-être que je préfère du porno bien gras aux lignes cubiques et aux histoires déconstruites de cette BD chic ?

Linda aime l’art, Philippe Bertrand, éd. La Musardine, 17,90€