J’aime beaucoup de principe des livres illustrés… J’ai reçu il y a quelques jours quatre livres des éditions Tabou que j’évoquerai progressivement sur ce blog. Le premier vers lequel je me suis orientée est donc La Pâle Heure sombre de la chair, dont je ne connaissais pas l’auteure, Julie-Anne de Sée, mais dont l’illustrateur ne m’est pas inconnu : j’avais déjà précédemment évoqué Xavier Duvet pour sa BD Féminisation. Il est amusant d’ailleurs de constater qu’un volume de Féminisation s’intitule La douce heure des bas, le jeu de mot étant proche de cette « pâleur » du livre de Julie-Anne de Sée.

Des illustrations en noir et blanc sont donc semées à travers ce livre que j’ai du mal de qualifier : pas tout à fait recueil de nouvelles, pas tout à fait roman, avec des poèmes en vers, mais aussi des textes qui s’apparentent au poème en prose, et que dire de « Rouge baiser » (pp. 99-127), texte divisé en quatre actes et un épilogue ?

Dès les premières pages, j’ai été sensible au rythme du texte. « Pour vous je serai… », sorte de prologue, est à mon sens un poème en prose. La recherche stylistique est visible. Parfois trop à mon avis. Ainsi, lorsque je lis, page12, dans « Répliques telluriques » : « Tu as brutalement envie de champagne. Plus une seule bouteille du breuvage à bulles dorées au réfrigérateur, il faut donc aller en chercher à la cave. », je pense que l’éclatement des consonnes occlusives, les [b] qui s’enchaînent pourraient être une trouvaille intéressante, ce sont les bulles du champagne qui nous sont données à entendre, mais la périphrase n’est-elle pas finalement de trop ? N’alourdit-elle pas la phrase ?

De quoi parle ce livre ? D’amour ! D’un couple ! De sexe bien sûr ! De situations ambiguës. L’ambiguïté des êtres, comme Mademoiselle Lou au charme troublant, et ce trouble de la narratrice face à cette femme, homme ou femme selon ce que l’on perçoit, est un peu le mien, c’est le passage du livre qui m’a le plus touchée.

Beaucoup de textes ne m’ont pas particulièrement intéressée, on pourrait dire que je n’ai pas accroché au style de l’auteur, au rythme parfois très lent du récit, et surtout pas aux textes macabres. Elle excelle cependant dans la description d’ambiance de soirées comme aux pages 110 ou 112. J’ai préféré, outre « Lou » qui est pour moi la pièce-maîtresse de cette œuvre, le texte vif, nouvelle que l’on pourrait sortir de l’ensemble car sans réelle attache, si ce n’est que le personnage de Phoebe est amie avec Julie, qui a pour titre « Le Brouteur ». J’ai eu peine à terminer « Rouge baiser », qui flirte avec le fantastique et le macabre. « Les amours d’Éros et de Thanatos » en conclusion, sont décidément bien sombres, trop pour moi…

Nuit-mort, nuit-sexe, Éros et Thanatos qui se cherchent, s’épient, se draguent, se racolent, s’abouchent, s’accouplent pour ne plus faire qu’un dans l’aristocratie du plaisir. (page 134)

Fasse le destin que de chaque instant, de chaque saison amoureuse, un bonheur surgisse, exhalé du fond de la pâle heure sombre de la chair exigeante. (p. 142)

La Pâle Heure sombre de la chair, Julie-Anne Sée, dessins de Xavier Duvet, éd. Tabou, 17 €

(Julie-Anne de Sée a un site, peu fourni encore : http://www.julie-anne-de-see.com)