Élégant petit livre, soigné, beau papier, jolie conception, illustrations nombreuses par des silhouettes féminines colorées à l’instar de la couverture. Prix assez modique.
Beaucoup de qualités pour ce nouveau titre des éditions Blanche.

Le livre est traduit de l’américain par Anna Belly. Renée Dubois, l’auteur, est présentée de la sorte en 4e de couverture : « américaine, spécialiste d’art érotique ; elle contribue aux rubriques sexologie de blogs en ligne, de magazines et de sites Web pour femmes. »

Le titre original du livre n’est pas cité. Seule la maison d’édition l’est : Carlton Books.

Après recherche, j’obtiens le titre suivant : Fifty shades of bondage & submission, a beginner’s guide to BDSM (avec la même illustration de couverture que le tome 1 de Tout ce qu’il voudra de Sara Fawkes, la « fiction érotique » des éditions Marabout).

 Il y a de fortes chances que ce soit donc la traduction de ce livre et l’on note au passage que les éditions Blanche ont fait l’effort de ne pas décliner les cinquante nuances, comme quantité de livres le font, et que l’illustration de couverture est, ouf !, pas la copie conforme de cette autre couverture que l’on ne peut manquer de voir partout quand on s’intéresse un tant soi peu à la littérature érotique. Le titre américain fait explicitement référence à Cinquante nuances de Grey, pas le titre français, mais le contenu du livre, si. On peut ainsi lire, page 33, à propos des « noms de Maître et de soumis » :

« Une des idées pour vous aider à séparer le monde de vos fantasmes de la réalité est de vous attribuer des noms qui reflètent votre personnalité. Miss Birch est idéal pour un nom de dominatrice, alors que M. Grey est un choix très populaire par les temps qui courent ! »

Est fait mention du titre dans l’introduction, page 6 ou encore, l’on peut trouver le nom des personnages dans une description de « scène », p. 43 :

« Le soumis (ou dominé) doit comprendre que le Maître (ou dominant) a tout pouvoir sur lui. Ce stade constitue le point de départ de la scène fantasmée. Cela peut être le très expérimenté Christian Grey face à sa virginale Anastasia, ou bien une reine face à son esclave. »

Cela m’a fait rire, et j’ai promis à mon mari de jouer un de ces soirs le rôle de Christian Grey. Il serait Anastasia. Je n’ai pas lu le roman dont il est question, mais je construirai mon propre scénario. Pas sûr cependant que monsieur accepte de porter une jupette…

***

Reprenons un peu plus sérieusement le livre en main. Celui-ci souffre d’approximations. Avez-vous déjà entendu parler d’un « gode à double bout » ? Traditionnellement, on nomme ce sextoy « double dong », alors pourquoi chercher des traductions étranges ? Le terme « maître » est utilisé un peu n’importe comment, pour remplacer « dominant ».
Il souffre aussi, lorsqu’il s’agit de description de bondage d’un manque de schémas. Je ne suis pas certaine qu’en suivant pas à pas les descriptions notées dans ce livre l’on puisse réaliser réellement quelque chose qui tienne la route. Mais c’est souvent le problème avec les petits guides comprenant des notions de bondage. Regardez Osez le bondage d’Axterdam (éd. La Musardine). Malgré des schémas, il est peu clair (et souffre aussi d’approximations, voire présente des données contre lesquelles on peut s’insurger). J’ai essayé trois autres volumes sur le bondage. Le seul des trois qui permette réellement de réaliser quelque chose de correct, facilement, est Shibari you can use : japanese rope bondage and erotic macrame de Lee Bridgett Harrington qui, même s’il est écrit en anglais, même si je ne comprends pas tous les mots (mais c’est de l’anglais basique, assez simple à traduire), est un livre didactique excellent car il comprend de nombreuses photographies pour un pas à pas quasi-inratable. Parenthèse fermée. Je reviens à nouveau sur le Guide amoureux du BDSM.

Le livre est pour moi un peu vide de contenu. Mais rappelons qu’il ne s’agit que d’un livre d’introduction pour novice. Dans ce sens, il remplit sa fonction. Il facilite l’accès à la réalisation de jeux de rôle autour du BDSM. Il mâche le travail quand on n’a pas d’idée, parce que des scénarios sont proposés, on dit quoi faire, à quel moment, etc. Cela peut être rassurant pour ceux qui ont besoin d’un cadre scénaristique, même lorsqu’ils s’apprêtent à être « dominant », lorsqu’ils devraient créer eux-mêmes la scène. Au fond, c’est le problème majeur de ce guide et de tant d’autres : on présente le BDSM comme un jeu pour adultes qui veulent épicer leur sexualité. On joue avec un fouet, on attache des menottes, on demande à autrui d’effectuer des tâches ménagères avec un plug coincé dans l’anus, de se déplacer à quatre pattes avec une laisse, etc. Mais tout ceci est un jeu, le temps d’une soirée, et on a tout oublié le lendemain pour la plupart des « joueurs ». On popularise des pratiques qui ne sont pas nécessairement de l’ordre du jeu. On peut jouer à être, pendant une heure, soumis ou dominant. Cela ne fait de personne un soumis ou un dominant. C’est donc effleurer le BDSM sans être intrinsèquement impliqué. Cette question est au cœur du roman L’Envol de Danny Tyran que vous pourrez lire cet été dans ma collection. Mais je m’éloigne encore du Guide amoureux du BDSM

Ce guide est très utile comme glossaire. Il n’oublie pas de signaler quelques recommandations d’usage, quelques précautions à prendre, des consignes de sécurité, et je ne peux à ce propos, que conseiller de se reporter en complément à la brochure que j’ai évoquée sur cette page. Les différents liens Internet cités, boutiques de sextoys ou de tenues, auraient mérité d’être adaptés à un lectorat francophone.

En conclusion : un joli petit livre qui trouve néanmoins assez vite ses limites. Pour ceux qui veulent un aperçu, une première approche.

Guide amoureux du BDSM, Renée Dubois, éd. Blanche, 10,50€