Il y a plusieurs mois, un « auteur » m’avait écrit pour me soumettre un de ses textes. Une poésie. J’ai commencé à lire, deux vers peut-être, et me suis dit « c’est extra ! Très très bon », puis en poursuivant, j’ai senti que cela clochait. J’avais en effet devant les yeux non pas une œuvre de cet « auteur » mais un poème de Pierre Louÿs… Une courte anecdote qui se rapporte indirectement au livre dont je souhaite vous parler aujourd’hui : un recueil de textes de Pierre Louÿs.

Les éditions La Musardine viennent de publier un très beau livre intitulé Les sœurs à l’envers et autres textes inédits. Des œuvres de Pierre Louÿs inachevées, morcelées, des fragments. Malgré cet aspect non fini, de très beaux textes. Une certaine frustration néanmoins par rapport à cet inachèvement : combien de titres suivis de pages ou de paragraphes blancs, de textes amorcés dont on ne saura jamais la suite…

Les livre est introduit par Alexandre Dupouy que l’on a coutume à présent de retrouver dans la collection Libertine des éditions Alixe (autrement dit, La Musardine), et sur le même modèle que cette collection, se trouvent présentes des photographies d’époque. Mais il y a plus encore dans ce volume : des pages manuscrites. Il est surprenant de voir l’écriture appliquée, ronde, parfaitement lisible de Pierre Louÿs, où les mots sont très rarement raturés.

Le volume comprend un court récit, Les sœurs à l’envers, un texte proche du poème en prose, Elle savait des raffinements, un récit dialogué, Vivienne et Made, des pages théâtrales, Le sentiment de la famille, Service de nuit, Fifi et Monsieur Luc et un « manuel scolaire » à la façon du Manuel de civilité, tout juste ébauché, Petite méthode de vulve.

Des thèmes de prédilection de Pierre Louÿs s’y retrouvent : tribadie, saphisme, l’éducation sensuelle et sexuelle d’une jeune fille…

C’est une belle écriture, jusque dans les passages les plus obscènes. Et surtout une écriture, comme vous pourrez le voir en comparant les deux extraits suivants, qui peut être dans certains textes directe, incisive, ou qui peut s’écouler en périodes (dans l’extrait de Elle savait des raffinements, la phrase est segmentée en quatre temps, comme s’il s’agissait d’une strophe poétique).

 

Mais, sans pitié pour sa compagne, Made s’amusait au lieu d’agir.

« Un coup de langue sur le trou du cul ! Annonça-t-elle. Et le doigt dedans.

– Mets-en deux.

– Enculée que tu es !

– Mets-en trois.

– Non, salope ! tu n’en auras que deux ! (p.65, extrait de Vivienne et Made)

 

Nous allions étendre sous les draps nos nonchalances affaiblies, mêler avec des mots très bas nos sourires tristes et nos jambes inertes, tandis que des gestes plus calmes préparaient pour des voluptés ultérieures nos corps qui se pâmaient aux douceurs des successives agonies. (p. 45, extrait de Elle savait des raffinements).

Peut-être pas le volume à lire pour découvrir l’auteur : mieux vaut s’orienter vers une œuvre achevée, mais une curiosité pour qui connaît ses autres écrits.

Les sœurs à l’envers et autres textes inédits, Pierre Louÿs, éd. La Musardine, 17€