enfant-bordelCourt roman d’un auteur tombé dans l’oubli, L’Enfant du bordel a été un des premiers textes édités dans la collection Lectures amoureuses dirigée par Jean-Jacques Pauvert.

Je ne connaissais ni le livre, ni même le titre. Ni l’auteur, d’ailleurs. On m’en a parlé, on l’avait en double et on m’en a donné un exemplaire. C’est donc de la littérature érotique récréative pour moi : aucune obligation de le lire, le livre sort du cadre des lectures des publications récentes, personne ne s’attend à ce que je le lise. J’écrivais « court roman », car le livre est fin, 128 pages, dans un petit format. Une lecture rapide donc. Une soirée à occuper, et je l’ai lu presque entièrement.

Pigault-Lebrun est l’auteur de romans à succès, au début du XIXe siècle. L’Enfant du bordel a été publié anonymement, mais on y reconnaît le style de cet auteur. C’est un roman d’aventures pornographiques, un roman d’éducation sexuelle, qui narre les circonstances de la naissance du narrateur, prénommé Chérubin, puis sa vie lorsqu’il a entre 14 et 17 ans. Et cette vie est très mouvementée. Les péripéties s’enchaînent, un bonheur est suivi de près d’une interruption brusque, le narrateur est jeté à la porte ou s’enfuit, il erre, est recueilli à nouveau (les jeunes femmes le trouvent tellement à leur goût que dès que Chérubin croise une d’elles, son bonheur est fait).

« Rassurez-vous, madame, lui dis-je, je ne suis pas un méchant. Mes ennemis m’ont réduit à cet état. Heureux encore qu’un religieux charitable m’ait prêté ce manteau pour couvrir ma nudité. – Quoi ! Vous êtes nu sous ce manteau ! – Vous le voyez, madame. »
Alors j’ouvris le manteau. Mon outil, que la vue des tétons de la jolie femme avait fait raidir, fut la première chose qui frappa ses regards. « Ah ! Pauvre malheureux ! Tenez, voici une clef pour ouvrir la petite porte verte : je vais à votre secours. » (p.118)

Mais un coup du sort le met régulièrement à la porte, à nouveau (une indiscrétion est en souvent la cause), et tout recommence…

Le narrateur sautille dans la vie, et lorsqu’il ne sautille pas, qu’il n’y a rien à raconter, alors l’auteur écrit « je saute par-dessus à pieds joints », expression que l’on trouve à deux reprises dans le texte pour signifier une ellipse.

Les situations sont assez invraisemblables. Le happy end : les retrouvailles avec son propre père, qui épouse la jeune fille que le narrateur convoitait.

C’est un texte très joyeux, vif, insouciant. La préoccupation première des personnages est leur satisfaction sexuelle.

 Je ne pouvais remercier Félicité qu’en la foutant : aussi la foutai-je de toutes mes forces. (p. 114)

Dans le roman figurent plusieurs chansons qui célèbrent une sexualité franche, libérée de toute pudeur et toute règle bienséante. Un petit extrait :

Ma Justine, tu me demandes
Où notre âme doit résider ;
Je l’ai dans le vit quand je bande,
Dans le doigt s’il faut te branler.

J’ai aimé L’Enfant du bordel, pour sa fantaisie, sa gaieté et sa fraîcheur. Bien sûr un tel roman pourrait ennuyer le lecteur vu son aspect rocambolesque, mais cela n’a aucunement été mon cas.

L’Enfant du bordel, Pigault-Lebrun, éd. La Musardine, coll. Lectures amoureuses, 5,80€