brigandineTrois romans de la collection La Brigandine sont réédités dans la collection Lectures amoureuses de la Musardine : La Loque à terre de Georges de Lorzac, Fête de fins damnés de Gilles Soledad et Cime et Châtiment de Pierre Charmoz. J’ai commencé par le dernier, pour une raison particulière : l’auteur m’avait parlé de son livre (non, Cime et Châtiment n’est pas l’œuvre de Dostoïevski) et j’étais curieuse de le découvrir.

Cime et châtiment est un roman policier (et érotique) dont l’intrigue se déroule en montagne. Près de Chamonix tout d’abord, puis dans l’Oisans. Entre les deux, la route, et une description de Grenoble que je note ici, parce que je vis juste à côté :

« La grande ville s’étalait dans la vallée comme une crêpe ratée au fond d’une poubelle. » (p. 407)

Un homme attifé comme un touriste chute et meurt. C’est un suicide, apparemment. Sauf que cet homme est un grand alpiniste et qu’il avait rendez-vous avec sa fille, la blonde Carole, pour lui apprendre dans quelle affaire scabreuse il s’était fichu. On l’aurait donc aidé à se suicider. Pierre Charmoz, double de l’auteur, croise la route de la riche Carole, et après les rapprochements d’usage, décide d’enquêter avec elle. D’autres personnages se joignent momentanément (certains meurent!) ou durablement à la bande, deux policiers les filent et des malfaiteurs sont également sur leurs traces. Escalades en tous genres, nuits dans des refuges où les corps se pressent les uns contre les autres, chasse au trésor. Le roman rebondit, de péripéties en péripéties, de scènes de sexe en scènes de sexe. Le tout se marie au mieux. Des jeux de mot faciles, qui font sourire

« Je la bousculai, la forçant à quitter le lit, posé à même sur l’épaisse moquette de laine qui semblait pousser sur le sol de toutes les pièces.

– Est-ce que tu la tonds ?

Carole porta vivement la main à son buisson.

Mais non : la moquette ! »

ou parfois froncer les sourcils, le tourisme de masse moqué (voire le tourisme tout court. Pensons à cette agrégée de grammaire qui découvre un pissenlit), des termes techniques (l’auteur est familier de la montagne) : on trouve un peu de tout dans ce roman. Ça foisonne. Et cela se lit bien, du début à la fin, même quand l’histoire est un peu tirée par les cheveux. Les fins de chapitre sont souvent l’objet d’une révélation qui poussent à poursuivre la lecture (Exemple, fin du chapitre II, p. 329 : « les sauveteurs n’ont pas retrouvé le corps : il a disparu ! »), comme pour un découpage en feuilletons.

Le roman est précédé d’un « avant-propos nécessaire à la compréhension de ce qui va suivre » de l’auteur. Quelques mots sur l’histoire de la Brigandine et sur les écrits de l’auteur dans cette collection.

« Pour cette nouvelle édition, j’ai rafraîchi le texte […] tout en préservant le ton d’origine et ses excès métaphoriques. »

Cime et châtiment, Pierre Charmoz, in Trois romans érotiques de la Brigandine, éd. La Musardine, coll. Lectures amoureuses, avec une préface d’Olivier Bailly, 10,95€