poisson-jade-epingle-phenixJe lis depuis quelques jours des contes chinois du XVIIe siècle, dans l’anthologie intitulée Le Poisson de Jade et l’épingle au Phénix des éditions Gallimard (Connaissance de l’Orient n°47). Ce sont des contes grivois qui mettent de manière récurrente en scène des époux, des épousailles, des fugues, des enlèvements, le plaisir de la chair… Les Trois Veuves est un conte court (il ne s’étend que sur 14 pages). Comme chaque conte chinois, il commence par un prologue : des vers puis signification de ces vers, sens du conte qui va être raconté oralement.

Trois frères ont pris chacun une épouse. Or, ces trois frères viennent à mourir. Les trois jeunes femmes, de dix-neuf à vingt-sept ans, restent veuves et chastes, auprès de leur belle-mère. Mais leur jeune âge éveille leurs sens, lorsqu’un jeune homme de belle tournure les admire. L’homme sera conduit par la plus âgée dans son lit, la nuit venue. L’aînée partage ensuite son amant avec ses belles-sœurs. Le conte se termine par le mariage des trois femmes lorsque la belle-mère apprend leur inconduite et par la punition qui leur est infligée. Le conte a une visée morale : les femmes auraient dû rester chastes ou avoir fait plus tôt le choix de se remarier. Seulement, cette morale intervient après qu’on a raconté une histoire émoustillante à un auditoire…

Si j’évoque ce texte, plutôt que les autres de cette anthologie, c’est parce qu’il y est fait usage d’un godemiché, qu’on évoque l’objet sous différents vocables qui me semblent intéressants (Maître Lu est exotique, des termes comme « la prothèse » ou certaines périphrases sont d’un usage intéressant), et que j’ai particulièrement aimé ces deux passages que je cite :

– Que fais-tu avec ça ? (une des belles-sœurs regarde un ouvrage érotique)
– … Je n’arrive pas à trouver le repos, avoua la jeune femme, et je me sens toute fébrile. C’était pour passer le temps…
– Tu as tort, dit Yu. Plus tu liras ce genre d’ouvrages et plus tu te sentiras fébrile !
– Oh ! Mais j’ai bien quelque chose pour éteindre le feu…
– Ah bon ? Fais voir ! »
Et Yu Niang enserra sa compagne tout en lui farfouillant dans la manche. Elle en sortit un objet, qu’elle regarda avec curiosité : il était fait dans une vessie et mesurait cinq ou six pouces de long sur environ un pouce de diamètre. Elle s’écria, tout sourire :
« Oh ! Mais c’est très ressemblant ! C’est très ressemblant ! Comment s’en sert-on ?
– Approche ! dit Suo. Je vais te montrer.
– Mais je ne veux pas ! »
Sans s’occuper de ses protestations, son aînée eut vite fait de lui retirer sa culotte et de lui planter l’ustensile. Et hop ! en avant, en arrière, elle lui fit quelques petits va-et-vient, puis s’arrêta et lui demanda :
« Alors ? C’est bon ?
– Merveilleux ! Mais cependant, ça ne vaut pas un bon corps-à-corps !
– Eh bien tu n’as qu’à venir ce soir, dit Suo Niang. Nous dormirons ensemble. J’ai encore mieux à te proposer. Tu verras… » (p. 146)

-Tu sais, l’autre, elle fait sa mijaurée, elle prend son air de ne pas y toucher et se garderait bien de venir jouer avec nous. Mais j’ai mon petit secret, mon Maître Lu… Ce que nous allons faire, c’est de le glisser en douce dans son lit : quand elle le trouvera, elle l’essaiera, c’est évident ! A ce moment-là nous regarderons par une fente de la cloison ; quand elle sera bien en train, nous ferons irruption dans sa chambre et nous le prendrons la main dans le sac ! Et hop ! Un beau coup de filet, n’est-ce pas ? »
Sur quoi les deux commères se munirent du Maître Lu et allèrent dans la chambre de Ding Niang. Celle-ci les accueillit en disant :
« Eh bien mesdames, qu’avez-vous à rire ainsi ? Qu’est-ce que vous avez ramassé là ?
– Une grosse bitte ! répondit Suo en riant. Elle mesure un pied de long et pèse cinq livres ! Nous venons en faire cadeau à la jeune Dame Ding : si celle-ci voulait bien ne pas dédaigner ce risible présent, nous nous ferions un plaisir de le lui offrir.
– « Le gentilhomme ne s’empare pas du bien d’autrui », rétorqua la jeune femme avec un sourire. Gardez-le pour vous !
Toutes les trois avaient batifolé un instant sur le lit et s’étaient prises à bras le corps en chiffonnant les couvertures. L’une des deux visiteuses avait profité de ce petit moment de tumulte pour glisser subrepticement le Maître sous l’édredon de Ding Niang. Quand celle-ci fut seule, elle voulut mettre un peu d’ordre dans sa literie chaotique. C’est alors que, tout à fait par hasard, elle découvrit le bel objet, aussi ferme que robuste. Elle le prit dans ses mains et le considéra un instant. « Un beau morceau de queue ! se dit-elle. Cela ne doit pas être à Suo Niang, ça, mais plutôt à l’autre. » Et elle se mit à le contempler sous toutes ses coutures, le retournant dans tous les sens.
Mais quand on a un homme à ses côtés, comment ne pas sentir le feu monter en soi, n’est-ce pas ? C’est ainsi qu’elle dénoua doucement l’ouverture de son pantalon et s’introduisit judicieusement la prothèse.
[…]
– Mon œil ! Attends un peu que je le trouve ! »
Et, avec l’aide de Yu Niang, elle se jeta sur la jeune femme, lui ouvrit le pantalon, et tâta au bon endroit. « Ça y est ! déclara-t-elle, j’ai trouvé la cachette ! » Elle se saisit de l’outil, lui fit faire une quarantaine de rentre-dedans et le ressortit, tout trempé et dégoulinant. (pp. 148-149)