osez-coups-foudre-sexuelsRomantisme et érotisme ? La quatrième de couverture mentionne même ce conseil : « âmes sensibles bienvenues ». Or, je crains que les âmes sensibles qui souhaitent lire des textes « romantiques » ne soient déçues par ce livre. Osez 20 histoires de coups de foudre sexuels est un ensemble de textes érotiques où l’amour s’exprime très peu, voire pas du tout. Il s’agit souvent de désir brut, d’assouvissement immédiat d’un désir irrépressible, même si certaines histoires laisse envisager une suite possible, de la tendresse, une forme d’amour peut-être… qui se développerait hors du cadre du récit, dans un possible futur. Finalement, ce tome (le 24e de la collection si je ne me trompe pas) est tout à fait dans la tonalité des précédents.

Une publication fin janvier pour un titre qui évoque le « coup de foudre » (même s’il est sexuel) : le livre paraît bien évidemment avant la St-Valentin et fait écho à un précédent titre, paru il y a deux ans, Osez 20 histoires d’amour… et de sexe. Dans ce livre-là, ma première participation à cette collection (le texte publié dans cette collection que je préfère, je crois, parmi ceux que j’ai écrit – mis à part les premières lignes un peu laborieuses) et j’avoue ne pas être mécontente d’avoir à nouveau un texte sélectionné pour ce nouveau livre.

A présent, assez de généralités. Venons-en aux textes !

Tout d’abord, mes deux préférés du recueil :

Une semaine de vacances de Clarissa Rivière. Il ne faut pas se fier à son titre passe-partout (il est trop commun, c’est le seul reproche que je ferai) : Clarissa a concocté une superbe histoire. Une écriture douce, comme à son habitude, relevée cette fois d’un brin de perversité. On y retrouve certains ingrédients que Clarissa aime employer : la famille, le repas et notamment les secrets camouflés à cette occasion. C’est diaboliquement bien conduit et on est sous le charme de cette forme de candeur dans le vice.

Carie de Daniel Nguyen. Le dernier texte lu de cet auteur m’avait déjà fait reconsidérer totalement ma position par rapport à ces écrits. Là, l’auteur fait fort, j’ai adoré ce texte. Pourquoi ? Parce qu’il m’a beaucoup fait rire, parce qu’il est léger, bien loin des ambiances macabres dont l’auteur accablait précédemment ses écrits (du moins ceux que j’ai lus, je ne sais pas si c’était finalement réellement une constante). Les premières lignes ne sont pas si digestes : des termes barbares exposent toutes les phobies dont souffre la narratrice. Mais dès la deuxième page, le sourire est là, et j’éclate de rire lorsque je lis « Malheureusement il est vieux et imberbe, sauf dans le nez et les oreilles. » Le ton est donné, la suite est ponctuée d’éclats de rire.

Il y a ensuite beaucoup de textes que j’ai aimés.

Souvent, j’ai préféré les textes qui ne se contentaient pas d’un schéma trop simple : mise en situation – rencontre – sexe. Dans ce schéma, la fin se ressemble souvent : les prénoms sont échangés après la scène de sexe elle-même, en extrême fin de récit.

Exemples :

Préjugés de MMK : «  – Au fait, comment tu t’appelles ?  Rires.»

Court-circuit de Rita : « – Je m’appelle Marco et j’ai comme l’impression qu’entre nous, c’est électrique. – Moi, c’est Lydia. Continuons de disjoncter ensemble. » p. 118

Ma pute au grand cœur de Camille Emmanuelle : « – Oui, c’est ça, tu es ma pute au grand coeur. C’est quoi ton prénom ? » p. 130

Une variante : la prise de contact ultime, la relance.

Sex office de Carl Royer : « Quand est-ce qu’on remet ça ? » p. 72

Hémérodrome de Camélia Ricci : « – Même hôtel, même chambre, la veille de la prochaine réunion. » p. 140

Pretty Pink de Viviane Faure : « Tu devrais me donner ton numéro. » p. 181

L’accompagnateur d’Éric-Cécile Parques : « Je suis partant. Vous m’accompagnez ? […] Eh bien, j’irai tout seul ! » (tout en sachant qui il y rejoindra.) pp. 152-153

Dans L’effet strip-tease de Vincent Rieussec, un peu plus qu’une scène de sexe programmée, peut-être le bouleversement d’une vie…

Ou alors la fin est abrupte, rien ne vient conclure la scène de sexe, comme dans Anthony d’Axelle F.

Ou encore, le schéma classique évoqué plus haut est encadré par une courte scène d’attente (et ce schéma est le fruit des réminiscences de la narratrice) : Le Front contre la vitre de ma chambre d’Aude dite Orium (avec ce nom d’auteur, j’avais une attente concernant la musicalité du texte. Oui, c’est bête, mais je n’ai pas pu m’en empêcher. Or, un « comme quand » qui n’a rien d’euphonique m’a fait froncer les sourcils.)

Tant que j’évoque les petites choses qui m’ont agitées, citons le « coup de blouse », présent dans je ne sais plus quel texte. C’est quand même rare aux éd. La Musardine d’avoir des fautes. C’est même assez remarquable, les textes sont généralement nickel. D’où la surprise.

Vous l’avez compris, je suis sensible aux chutes et demander un prénom ou suggérer une autre entrevue (enfin, partie de jambes en l’air!), me semble un peu maigre, légèrement décevant (alors même que les textes peuvent être très agréables à lire). De sorte que, un texte qui épouse ce schéma classique mise en situation – rencontre – sexe comme Nuit de neige de Frédérique Gabert me semblera meilleur grâce à la chute, la révélation finale. Cette petite pointe fait la différence.

Le texte de Julie Derussy, Le Loup et la chienne, est envoûtant, l’obsession du personnage, sa quête, en font un texte à part. Seulement, la chute m’a déçue. Une nouvelle fois, car c’est un point qui se trouvait déjà dans Osez 20 histoires de sexe aux sports d’hiver, l’auteure projette loin son personnage, ce n’est pas une conclusion de l’épisode, mais presque d’une vie toute entière, un bilan global : « Il m’a fallu presque un an pour redevenir un type normal. Pour cesser de la voir à tous les coins de rue. Pour ne plus entendre son nom dans mes rêves. Pour comprendre qu’il y avait d’autres femmes, et que je pouvais encore tomber amoureux. » Si on s’arrêtait là, cela concluait parfaitement le récit. Or, l’auteure relance : « J’ai guéri, finalement. […] Un peu plus tard, j’ai rencontré […] Moralité : […] » Et tout cela me donne l’impression d’alourdir le texte.

J’ai aimé les textes où tout ne se limitait pas à deux personnages. Je cite à nouveau le texte de Clarissa Rivière : le personnage de la nièce, jalouse, apporte du piquant au récit. La jalousie d’un tiers anime l’ensemble du texte de Noann Lyne, Bataille de trois. Dans ce texte, une relation entre hommes, avec une femme aux aguets.

Julien Ligny met lui aussi en scène une relation entre hommes. Je ne me souviens pas d’avoir lu cet auteur (peut-être l’ai-je fait ? Je ne me souviens pas toujours du nom de chacun) avant le précédent opus. J’avais alors aimé son texte. C’est à nouveau le cas. Dans Ma bite contre la tienne, un mystère plane. L’auteur met en place un jeu d’attente avec les réactions et sensations du personnage.

« La table même sur laquelle je vous écris, consacrée pour la première fois à cet usage, devient pour moi l’autel sacré de l’amour ». Extrait des Liaisons dangereuses. C’est ce quévoque le titre de Pauline Bonvalet, La table même sur laquelle je t’écris. Une femme écrit à son mari alors qu’elle vient de faire l’amour avec son amant. La narration faite à un tiers, le mari en l’occurrence. Dans L’amour à Ostende de Blanche de Saint-Cyr, à la fille de la narratrice. C’est alors le récit nostalgique d’une rencontre hors du commun.

La mise à distance par l’écriture ou la narration à un tiers trouve une forme particulière dans Impénitente d’Oliver Humbert, puisque le tiers et la personne concernée ne sont qu’un seul être. La confession concerne directement le confesseur. Ce texte fait aussi partie de mes préférés, grâce à l’alternance du récit attendu (mise en scène et rencontre) et à ce jeu final. Entre les deux, la tension, l’attente…

Deux mots sur L’autre, texte que j’ai écrit : un mariage encore ! Déjà dans Témoin… Tout ne se déroule pas le jour du mariage dans L’autre, mais la scène de rencontre, si. La cause ? Il y a longtemps à présent, quelqu’un (qui se reconnaîtra peut-être s’il passe sur ce blog) m’avait parlé d’un mariage auquel il avait assisté avec sa copine d’alors, devenue ensuite sa femme. Et du fait qu’ils n’avaient pas pu s’empêcher de s’éclipser un moment tous les deux… Le mariage est une journée un peu rébarbative, de mon point de vue (sauf quand il s’agit de son propre mariage). Le sexe, c’est finalement une façon de se distraire. C’est sans doute quelque chose qui ressurgira encore dans un texte ou un autre, avec des variantes. Une vie rangée, et soudain le déclic. Je n’en dis pas plus, je ne sais pas ce que ça vaut, mais le texte ne me déplaît pas, c’est déjà pas si mal.

Osez 20 histoires de coups de foudre sexuels, Collectif, éd. La Musardine, 8,20 € (sortie le 22 janvier seulement!)