Odeur_de_sainteteComme j’ai adoré Camille de Léo Barthe, j’ai décidé de lire d’autres titres de l’auteur. Hier, j’ai terminé un très court récit signé de son nom, Jacques Abeille : Odeur de sainteté.

J’évoquais hier la fréquente relation que peuvent entretenir dans la littérature érotique sexe et religion et le fait qu’il y a un équilibre difficile à atteindre pour que le texte utilise à bonne fin la religion dans un contexte érotique. Dans Odeur de sainteté, l’équilibre est remarquable. Pas de provocation de l’auteur dans une surenchère qui n’aurait au final que peu d’effet, mais une provocation d’un personnage dans sa posture, à destination d’un autre personnage, qui résiste puis cède… La perversion s’accompagne pourtant d’une avancée vers la pureté.

« Voyez comme je suis lascive. Mes reins se creusent si fort que ma croupe s’ouvre dans tout son opulent orgueil et que mes genoux ne posent au sol que pour disjoindre mes chairs en toute obscénité. Hésiterez-vous longtemps à châtier l’indigne opulence de mon cul ? »

Il faut à Angèle beaucoup de persévérance pour transformer en indignation, à demi feinte, l’effroi qui gèle encore le désir de Bernard. A plusieurs reprises, elle aura dû s’exhiber ainsi avant qu’il se jette à son tour à genoux derrière elle et la prenne à la manière des chiens, en murmurant :

« Gueuse ! Ton péché, nous le porterons à deux.

– Tu me sanctifies ! »

Angèle est la première étonnée  de l’absolue sincérité de l’exclamation qui lui échappe. »

Angèle, par jeu avec Gros-Jean, son amant, pour prouver qu’elle est capable de le faire, tient le rôle d’une pute avec Bernard, choisi par Gros-Jean. Le sexe effraie Bernard. Angèle est à la fois dégoûtée et attirée par le personnage, avec lequel elle a des rendez-vous réguliers.

Un texte magnifique dans un petit volume de trente pages.

Odeur de sainteté, Jacques Abeille, éd. in 8, coll. La porte à côté, 4€