Jeux-miroirsAprès avoir évoqué Fantasmes et miroirs, voici la lecture d’un autre collectif portant sur le thème « miroirs » : Jeux de miroirs.

Joyeux anniversaire de Clarissa Rivière
Un titre assez commun pour un texte qui n’est pas très original : un couple dîne en tête-à-tête dans un restaurant où le libertinage est de mise. De beaux serveurs s’occupent de Madame. L’écriture est douce, sensuelle. Cela se lit bien, mais ne laisse pas de souvenir impérissable, sauf… lorsqu’on arrive à la fin du texte. La chute (le miroir y est alors la pièce maîtresse) relève l’ensemble, l’épice. Le texte, grâce à celle-ci, devient savoureux.

Devant le miroir d’Ava Castel
Je n’avais que moyennement apprécié le texte d’Ava Castel dans le recueil Donjon, Tour Ouest. J’ai par contre aimé ce texte-ci. Une femme fournit un thème d’écriture en racontant un rendez-vous envisagé par son amant, qui l’exhibe devant ses voisins, en la plaçant devant un miroir. C’est assez cru et c’est très bien écrit.

Paulette au miroir d’Angel Aigû
La chute sur le nouveau pouvoir de Paulette ne m’a pas convaincue. L’histoire, bien que sans grande originalité au premier abord, est très plaisante. L’homme n’est pas un Apollon, et j’aime bien cette description physique commune. D’autant que Paulette est excitée lorsqu’elle voit dans le reflet du miroir le crâne un peu dégarni de l’homme qui s’active entre ses jambes. Le fait d’exclure un coït attendu pour le remplacer par une pratique sexuelle différente a aussi son charme.

Touche kiki de Céline Mayeur
Le texte le plus intéressant peut-être du recueil. Le moins attendu. Le plus étrange. Avec une part importante dévolue aux pensées, à des sentiments ambigus. Une femme, malade, propose à son voisin de lui tenir compagnie. Dans un état comateux, elle caresse son sexe. Il semble la mépriser. Elle devrait avoir honte. D’autant qu’il ne s’agit pas uniquement de son voisin : des pensées lubriques l’assaillent…

Instiable reflet d’Olivia Billington
Le texte que j’ai le moins aimé, parce que je n’aime guère l’intervention du surnaturel. L’autre côté du miroir, est-ce l’espace dévolu aux morts ? Une femme fait l’amour avec l’homme qu’elle a perdu.

Paulina dans le miroir de Julie Derussy
Une écriture délicate. Paulina a dix-huit ans et choisit de perdre sa virginité. Un passage obligé, un peu décevant avant de découvrir tout autre chose : la sensualité d’un homme dont elle a toujours été plus ou moins amoureuse. Le côté défendu de la relation (dans le cadre de la famille) ajoute un peu de piquant, certes, mais ce n’est pas ce qui m’a semblé le plus intéressant dans ce texte. Je pense que ce dernier aurait un attrait identique si l’homme avait sans aucune parenté avec Paulina. Ce qui importe, c’est l’initiation dans les bras d’un homme qui prend soin de la jeune fille.

Un recueil très agréable à lire dans son ensemble.

Jeux de miroirs, Collectif, éd. du 38, coll. Paulette, 3,99€