site-nomme-desirQuand l’attaché de presse de la Musardine a envoyé la liste des publications du mois, j’ai regardé à deux fois pour vérifier que c’était bien la Musardine, la maison d’édition érotique, qui envoyait l’e-mail et non HQN, Hugo romance ou je ne sais quoi. Et encore, je pense que HQN ne proposerait pas une couverture de livre telle que celle d’Un site nommé désir. Quand même, deux adolescents sur le point de s’embrasser, le mot « désir » en rose, trois typographies différentes ! C’est rare de voir quelque chose d’aussi nunuche. Alors comme ça, la Musardine fait dans la guimauve à présent, ai-je pensé. Comme en dehors de ce titre, les publications annoncées comprenaient le Kama-Sutra et je ne sais plus quoi d’autre qui ne devait pas m’intéresser non plus, le mois de juin était bien parti pour devenir un mois sans lecture venant de cette maison d’édition. Sauf que j’ai reçu un courriel venant de l’auteure, qui s’est rappelée à moi. En effet, il y avait eu un bref échange, il y a plusieurs mois de cela. Je l’avais oublié, j’ignorais que le livre en préparation dont il était question était le roman Un site nommé désir. L’auteure proposait de me faire parvenir ledit livre, j’ai répondu que j’avais déjà décliné la proposition, vu que la couverture annonçait un type de livres que je n’aime pas lire. L’auteure me dit qu’il ne faut pas juger sur la couverture, que c’est plus sexuel qu’il n’y paraît, que les personnages ne sont pas prépubères (c’est moi qui interprète, ce ne sont pas les termes qu’elle a utilisés), etc. Je réponds donc que je vais réfléchir à la question, j’envoie un message à l’attaché de presse pour lui dire mon hésitation et lui laisser décider si le livre peut me convenir, vu que cela risque d’être un massacre sur mon blog s’il s’agit d’un roman nunuche (je n’ai pas présenté ça comme ça non plus, puisque j’avais dit à l’auteur que si cela ne me convenait pas, je laisserais tomber la lecture, tout simplement ; disons que cela aurait été un massacre intériorisé – ou alors légèrement extériorisé : j’aurais dit à monsieur quelque chose comme « tu te rends compte à quel point la Musardine est tombé bas ! » Bref, la maison d’édition en aurait pris pour son grade, plus que le livre lui-même).

Après cette longue introduction pour expliquer mes doutes, la lecture. Et finalement, c’est bien moins nunuche qu’il n’y paraît.  Certes, il y a un peu de « je t’aime », de coups de foudre et de futures promesses d’amour éternel (à condition de ne pas acheter des meubles à Ikéa), mais ça parle de cul tout le temps. Enfin, de cul, façon de parler : il est plutôt question de sexualité. Il y a de la pratique aussi, un peu, mais pas de truc crade (un voyeur pendant que deux femmes font l’amour, cela reste bon enfant, non ?), pas de vocabulaire trop abrupt (« queue », « chatte » et « branler », ce doit être à peu près tout).

Je trouve quelques défauts au texte, commençons par cela :
– une incohérence. Comment Lou peut-elle souhaiter vivre de son site (autrement dit, elle ne semble pas en vivre quand elle émet ce souhait) et d’autre part parler des articles qu’elle rédige sur les produits d’une boutique de sextoys comme d’un job alimentaire ? Les articles en question sont postés sur le site, elle semble vivre grâce à cela. Ajoutons comme incohérence que l’on voit mal une boutique de sextoys payer quelqu’un suffisamment pour acheter ne serait-ce que de quoi se nourrir.
– une ressemblance frappante avec Sex in the kitchen d’Octavie Delvaux. Les trois filles dont une dominatrice (même s’il ne s’agit pas d’une dominatrice professionnelle dans Un site nommé désir), le petit ami surprise (même si la situation diverge), le fait d’avoir un site Internet et de vouloir vivre de sa passion (d’un côté la cuisine, de l’autre le sexe), le fait que le personnage principal crée un livre. On peut ajouter quelques éléments de Sex and the TV : l’émission de télévision, justement, l’éloignement du petit ami. Heureusement, l’histoire, malgré ces similitudes, a aussi de grandes différences.
– certaines situations qui évoluent trop rapidement : Lou qui tombe amoureuse de Tristan (c’est rapide et un peu facile comme solution), la copine DJ qui fait semblant d’être lesbienne dans une boîte pour femmes… et qui l’est réellement (ou du moins qui tombe amoureuse d’une femme) alors qu’elle annonçait au préalable qu’elle aurait préféré mixer dans une boîte hétéro (était-ce pour cacher son orientation sexuelle ? était-ce parce qu’elle ignorait elle-même quelle était cette orientation ? – et dans ce cas, la découverte est immédiate, bien trop rapide)
– l’expression récurrente « faire sa Scarlett » qui a fini par m’agacer.

A présent, qualités du texte : on passe un bon moment en le lisant, c’est frais, décomplexé et amusant. Les thèmes abordés par Lou, par son site parfois, par ses amies ou encore par les situations rencontrées sont diversifiés et peuvent être intéressants. Le flirt est le thème central d’une expérience. Prendre le temps de désirer l’autre avant de consommer. L’éjaculation féminine, est-ce si intéressant ? La bisexualité, pourquoi serait-ce un « aveu » pour les hommes, avec la culpabilité que le terme induit ? A titre personnel, je me suis retrouvée proche de Lou lorsqu’elle donne son opinion sur des vibros qui procurent un orgasme sans jouissance (je fais une petite parenthèse : j’ai récemment essayé un vibromasseur dont beaucoup ont fait la louange et qui m’a semblé très bien fonctionner…  justement « fonctionner », mécaniquement, alors que je n’ai rien d’une machine et que ce super fonctionnement ne m’a pas satisfaite – mais j’en parlerai bientôt sur une autre partie de mon blog). Bref, c’est un roman agréable. Dommage pour les défauts mentionnés qui gâchent quand même une partie du plaisir.

La fin n’est pas conclusive sur bien des points : le petit ami n’est pas de retour, l’expérience du flirt poussé n’est pas terminée, Tristan et Lou n’ont pas fait l’amour ensemble, leur amour n’en est qu’à son simple énoncé, le livre en est à ses balbutiements. Il l’est pour d’autres points : une fille est enfin amoureuse, l’autre a sa minute de gloire. Cela pourrait être des portes d’entrée pour de nouvelles péripéties. J’imagine sans peine un tome 2.

Un site nommé désir, Lou Borgia, éd. La Musardine, 15€