Du-sexe-en-AmériqueDu sexe en Amérique est un livre remarquable, passionnant, documenté, jamais ennuyeux, sur la sexualité en Amérique du Nord, des Indiens et des premiers colons à l’époque contemporaine. Une fresque monumentale en presque 500 pages sur ma liseuse, avec une police d’écriture pas très grande : je vous laisse imaginer la somme d’informations que cela peut contenir ! J’ai donc mis un peu de temps pour lire cet ouvrage, je l’ai découvert par bribes entre quelques autres lectures, mais j’y suis toujours revenue, happée par cette histoire avec petit et grand H. Passionnant, je disais, parce que Nicole Bacharan a un véritable talent de conteuse. Elle présente grands événements et vie domestique comme intimement liés, les événements connus par de nombreuses sources comme de petites anecdotes issues de la correspondance privée.

La question centrale de l’ouvrage est d’interroger le terme de puritanisme dont on affuble souvent l’Amérique et les Américains. Est-il pertinent ? A-t-il été, est-il encore pertinent ? On voit aux nombreux soubresauts de cette histoire mouvementée de la sexualité, de la sexualité hors mariage, de l’éducation à la sexualité, de la contraception et de l’avortement, du flirt, de la mainmise de la religion, de la prostitution, des maladies vénériennes pendant les guerres notamment, de l’évolution du concept et du rôle de la femme, des droits de la femme, de la revendication de l’amour libre, de la polygamie des mormons, de l’homosexualité ou des amitiés viriles quand le concept même de relation homosexuelle n’existait pas, des viols, de la ségrégation raciale, de l’interdiction de toute publication jugée amorale et de la vente de matériel contraceptif, des scandales sexuels et politiques (et j’en passe tant cela foisonne) que le puritanisme n’est pas une définition immuable, que celle-ci ne régit pas toujours – même si elle en est tout de même un élément clé pour la compréhension de certaines périodes – la sexualité des Américains. On peut y joindre la volonté de s’affranchir, un goût de liberté souvent malmené, mais qui reprend son élan et s’exprime, s’affiche, fait scandale. Il y a aussi souvent beaucoup d’hypocrisie, comme pour ces enfants métis sans père – tant que rien n’est dit, on ferme les yeux, dans le Sud esclavagiste, et puis les métis sont autant de nouveaux esclaves, ils ont une valeur marchande, enrichissent le maître du domaine.

Il y a des passages obligés, que l’on attend, comme la triste histoire des « sorcières de Salem », des contes que l’Amérique a créés alors que la réalité est bien moins jolie (comme l’histoire de Pocahontas par exemple) et c’est intéressant de confronter les versions, jusqu’à celle d’un Disney, et de très nombreux faits que j’ai appris. J’ai surligné quantité d’informations, de citations dans ce Du sexe en Amérique. C’est à ce moment-là que je regrette de ne pas avoir de livre papier, parce que je trouve plus facile de retrouver ce que je souligne en feuillant un livre « physique » qu’en tournant des pages sur une liseuse.

J’ai été notamment très intéressée par l’absence de concept d’homosexualité, lorsque des relations se tissaient au XIXe siècle parmi les hommes arrivés dans l’Ouest. Eux qui « dormaient » (le verbe « to sleep » qui veut aussi bien dire dormir que coucher, quelle ambiguïté!) à deux, délaissaient leur compagnon habituel pour aller dormir chez un autre, etc. J’ignorais tout de ce pan de l’histoire qui a bien sûr retenu, à l’instar des films hollywoodiens, certaines figures viriles de justiciers ou de voyous, mais pas d’amants à la recherche d’un semblable…

Les passages de ce documentaire Du sexe en Amérique qui m’ont aussi particulièrement intéressée concernent le droit des femmes, leurs revendications. Pensons à Fanny Wright (https://fr.wikipedia.org/wiki/Frances_Wright dont l’article sur Wikipédia ne dit quasi rien – et surtout rien sur le thème de la sexualité) : la communauté qu’elle forme s’affranchit des règles du mariage et la sexualité est pour elle « la plus noble des passions humaines, la source la plus sûre du bonheur ». Pensons à Victoria Woodhull (https://fr.wikipedia.org/wiki/Victoria_Woodhull) et son « oui, je suis pour l’amour libre ! J’ai le droit naturel, constitutionnel et inaliénable d’aimer qui je veux, aussi longtemps ou aussi brièvement que je veux, ou de changer chaque jour si cela me plaît… »

D’autres passages intéressants, comme la vie mouvementée du petit groupe d’intellectuels de la ville de Concord : Louisa May Alcott (l’auteure des Quatre filles du Dr March bien sûr), Ralph Waldo Emerson, Henry Davide Thoreau, la célibataire et séduisante Margaret Fuller, Herman Melville, Nathaniel Hawthore.

Et combien d’autres encore – je ne peux pas tout énumérer – tant le livre dans son intégralité est captivant !

Du sexe en Amérique, Nicole Bacharan, éd. Robert Laffont, 22€ en format papier