Lizzie impératrice de JipJe vous propose aujourd’hui de lire un court extrait de Lizzie impératrice, premier épisode de Lizzie sexploratrice du temps de Jip qui vient de paraître.

Cet extrait de Lizzie impératrice comprend la fin du premier chapitre intitulé « Le cadet Charlus » et les premières lignes du deuxième chapitre, « Vienne, 1932 ».

« Cadet Charlus au rapport, major !

Grunt fit quelques pas dans ma direction. Il me tendit un formulaire sur papier rose.

— Voici votre ordre de mission, cadet. Vous êtes affecté en binôme avec la sous-colonelle Stromb à… »

Il hésita quelques instants, puis se tourna vers le Commandeur qui haussa les épaules avec un air à la fois blasé et contrit. N’obtenant pas, semble-t-il, de précisions satisfaisantes, Grunt me fit face de nouveau.

« Avant toute chose, nous avons décidé de vous mettre un peu à l’épreuve. Connaissez-vous le vingtième siècle, cadet ? »

C’est ainsi que je pris seul les commandes d’un chronoscaphe afin d’aller chercher mon officier formateur quelque part dans une époque que je connaissais peu.

Alors que je quittai les lieux, en essayant de rester très droit pour affirmer haut et fort que j’étais conscient de la confiance que mes supérieurs me faisaient, j’ai cru entendre le Commandeur pouffer de rire.

Vienne, 1932

Le vent glacial faisait des tourbillons de poussières et de feuilles rouges dans Mariahilfer Strasse. Une jeune femme avançait difficilement en serrant contre ses jambes gainées de soie une longue robe qui balayait la chaussée. Elle maintenait dans le même temps voilette et chapeau que la bise désirait tant emporter, sans doute pour pétrifier un peu plus la marbrure de sa peau translucide. Elle s’engouffra dans le porche sombre d’un luxueux hôtel dont les fenêtres donnaient sur le parc Eszterhazy. Elle ignora le portier et se dirigea vers un homme entre deux âges qui portait casquette, livrée, ainsi qu’une lourde clef dorée, symbole international de sa charge.

« Monsieur Kiefer m’attend !

— Êtes-vous Mademoiselle Lizzie ? J’ai consigne de vous accompagner à sa suite. Monsieur Kiefer vous y rejoindra dans quelque temps, il est malheureusement retenu au théâtre. »

Il la précéda dans l’ascenseur, ferma soigneusement les deux grilles et fit pivoter le commutateur. À l’étage choisi, il guida la jeune femme jusqu’à la porte de l’appartement qu’occupait Franz Kiefer. Puis il céda le passage à la visiteuse. Celle-ci resta debout, attendant d’être seule pour inspecter les lieux. Bien que ce ne fût pas sa responsabilité, l’homme plaça une bûche dans la cheminée du salon, attisa le feu et se retira après quelques mots de politesse. Lorsqu’il fut parti, elle releva délicatement sa voilette et tira l’épingle qui fixait le chapeau à ses cheveux remontés en un chignon savant. Sans plus de façons, elle secoua la tête pour libérer sa magnifique crinière rougeoyante aux mèches d’or et de cuivre. Elle dégrafa son corset, ôta les divers jupons qui constituaient sa tenue et se glissa entre les draps rêches et un peu humides en ne conservant que sa culotte de satin et les bas de soie maintenus à une ceinture de dentelle par des attaches et des pinces de métal agrémentées de boutons de bakélite. Puis elle patienta.

Extrait de Lizzie impératrice, de la série Lizzie sexploratrice du temps de Jip, éditions Dominique Leroy, coll. De fil en soie, 1,49€