entre-hommesEntre hommes est un recueil collectif de nouvelles érotiques publié aux éditions L’ivre-book (nommé assez curieusement « anthologie », comme il est souvent le cas chez cette maison d’édition) un livre numérique dont j’ai trouvé les textes très disparates, avec quelques textes assez remarquables, d’autres qui ne m’ont pas particulièrement touchée et deux que je n’ai pas réussi à terminer.

Pour finir cet avis de lecture sur une note positive, je vais commencer par évoquer ce qui ne m’a pas convenu (et même horripilée, je dois bien l’avouer) : les erreurs de français, les maladresses d’écriture. Je n’avais pas retenu le nom de l’auteur de la première nouvelle qui m’avait gênée, je ne me suis rendu compte en étant tout autant agacée par une autre nouvelle qu’il s’agissait de la même auteure. Un récit à la troisième personne qui utilise le terme « ici » au lieu de « là » me fait faire des bonds. Je ne sais pas comment un auteur arrive à écrire ainsi. Si c’était un cas isolé ! Mais quand je lis des manuscrits d’auteurs, je trouve fréquemment la faute, quand il ne s’agit pas d’écrire « hier » au lieu de « la veille ».  (Je propose à ceux qui ne voient pas de quoi je parle de se reporter par exemple à cette page, et notamment au tableau sur les caractéristiques du récit et du discours.) Ajoutons une utilisation parfois hasardeuse, des participes présents et passés, dépendant de quel nom ? on ne sait pas toujours très bien. Les accumulations de participes sont aussi assez mal venus. Dans la première nouvelle que j’ai lue de l’auteur, dès les premières lignes, j’ai pensé qu’il y avait un effort louable de ne quasiment jamais proposer de nom sans ajouter un adjectif ou un complément du nom, d’enrichir les phrases… sauf que l’effort est trop visible, les compléments trop fréquents dans certaines phrases pour que l’effet soit naturel. J’ajouterais aussi qu’il aurait fallu veiller davantage aux répétitions. Quand j’ai vu six ou sept fois « sa bouche » dans cette nouvelle, avec des occurrences proches, j’ai laissé tomber l’écrit.

Il faut que je fasse aussi une autre petite remarque en passant. Chez cet auteure, Yzanmyo, ou chez d’autres, les personnages portent des prénoms étranges. Vous allez me dire que je suis une vieille femme  et que j’ai des goûts trop classiques. Certes. Mais quand je lis certains prénoms, je ne sais pas si le personnage est un homme ou une femme. Dans un texte de Julie Forgeron que j’ai apprécié par ailleurs, il y a par exemple un Ryanne. La finale en -anne, comme le prénom Anne, m’a désorientée. Ce n’est qu’en voyant le pronom « il » deux ou trois lignes plus bas que j’ai compris qu’il s’agissait d’un homme. Mais bon, ce doit être la mode, parce que j’entends parfois des prénoms tellement étranges prononcés par les jeunes mères de famille, aux abords de l’école, que je serais bien en peine de dire si elles parlent d’une fille ou d’un garçon. Ah, de mon temps, c’était différent 😉

A présent que j’ai fait part des problèmes rencontrés lors de ma lecture, venons-en aux textes que j’ai aimés. Le premier, de Pauline Derussy est une très agréable lecture. Je connaissais Pauline pour son texte publié dans le recueil L’amour nous rend liquides. J’avoue que j’aime davantage encore son Abyssia ou l’étrange lumière bleutée des fonds marins. Un peu de SF, l’urgence de s’aimer car le temps est compté, car la fin est proche, cela donne un texte original, et comme il est particulièrement bien écrit, c’est un régal.

Je n’apprendrai rien à personne en disant que j’ai aimé les textes de Clarissa Rivière. Quoique, ses texte ne font pas toujours partie de mes préférés, mais là, c’est le cas. Ses deux textes d’ailleurs, le plus doux et le plus brutal. Je lisais ce matin un billet de blog écrit par Clarissa, dans lequel elle exprimait sa crainte de parfois décevoir ses lecteurs en proposant autre chose que des textes doux, car les lecteurs se sont fait une image romantique de sa personne. Le dernier texte du recueil n’a rien de romantique, et il fonctionne très bien. Sous les ponts est mon deuxième texte préféré du recueil, après celui de Pauline Derussy. Initiation, le texte « doux » de Clarissa Rivière, pourrait cela dit, arriver ex aequo... Bien que ces nouvelles soient très différentes, il me semble difficile de les départager.

J’ajoute à cette liste de textes qui m’ont particulièrement plu celui d’une auteure que je ne connais pas, Julie Forgeron. Son Escapade en Cévennes est l’histoire d’un « couple à trois » dont un des membres, la seule femme du trio, se sent délaissée, car le couple exclusivement masculin découvre une telle félicité à deux, « entre hommes », justement… Le jeu sur les sentiments, la jalousie, la honte, l’amour, l’amitié est intéressant.

Les deux autres textes du recueil m’ont moins touchée. Réconciliation ascensionnelle de Lilicat joue un temps avec le lecteur en tardant de révéler qui sont réellement les protagonistes. J’aurais préféré une clarté immédiate. Le fait de cacher un temps une information aussi importante à la compréhension du récit est un procédé qui ne plaît pas. Le reste est sympa. Maurice et Alexis de Julie-Anne de Sée promène le lecteur. Le texte parle de choses et d’autres, on ne sait pas où l’auteure mène son histoire. Au final, j’ai ressenti un peu de déception en pensant « tout ça pour ça » : le texte semble en effet se dissoudre de lui-même, comme si tout était vain. Étrange effet que produit cette nouvelle…

Pour conclure : du bon comme du mauvais (du moins je le juge tel), les textes plaisants l’emportent tout de même en nombre.

Entre hommes, Collectif, ill. de couverture de Tonino della Bianca, éd. L’ivre-book, coll. L’ivre des sens, 3,99€