7-8-9 Crois-tu qu'ils bluffent ? de JipTroisième volet de la tétralogie érotique de Jip, 7-8-9 Crois-tu qu’ils bluffent ? a été publié fin janvier. J’en avais lu le manuscrit il y a fort longtemps. Bien trop longtemps pour pouvoir évoquer ce titre sur mon blog, de sorte que je l’ai relu. De ma première lecture, je me souviens de la confusion que ce court roman a provoqué. Le texte est sombre et déroutant. Cette deuxième lecture me l’a fait davantage apprécier, même si je le trouve toujours aussi sombre et déroutant !

Toute l’aventure se déroule dans un monde parallèle où la sexualité « normale » est faite de sévices et d’avilissement. La sexualité « tendre » est perçue comme le fait d’une secte dangereuse. Théo, personnage central de ce récit, semble passé d’un monde à un autre et doit s’adapter malgré sa répugnance initiale. Ces deux mondes semblent coexister, comme si un écran se superposait et montrait une autre réalité (cela me fait penser à présent au monde de Circé dans le 6e épisode de Lizzie sexploratrice du temps du même auteur). Le lieutenant Renan Taggert délaisse la sexualité normalisée en compagnie d’Aurore, qui le guide dans le monde des Nuwen, avant d’être sévèrement réprimandé pour ce désistement des valeurs qui fondent la société dans laquelle il vit.

Le sort de Théo en fin de roman est flou. On le découvre messie des Nuwen, prônant une sexualité respectueuse d’autrui, interné à nouveau dans un hôpital psychiatrique… Beaucoup d’éléments sont à éclaircir, d’où l’intérêt de lire par la suite le dernier volet, 10-11-12 La mort est jalouse (court roman dont j’ai également lu le manuscrit et qui termine brillamment l’ensemble).

Je considère que cette tétralogie est écrite avec brio. On peut ne pas aimer l’atmosphère qui se dégage de chaque texte, car les romans flirtent avec des genres divers, ils ne s’enferment pas dans l’érotisme – même s’ils sont érotiques à bien des égards. Ce roman-ci, 7-8-9 Crois-tu qu’ils bluffent ? est par moments difficilement soutenable, des scènes sont très dures, et le lecteur peut se sentir perdu. Mais tout s’agence, tout est construit, chaque pièce s’emboîte. Le tout dans une langue riche, avec une belle écriture. Bref, si l’étrange ne vous effraie pas, je vous conseille ce roman. Et tous les autres, car il vaut mieux lire les quatre pour que tout s’imbrique parfaitement.

Un petit mot sur la couverture : un changement a été opéré par rapport aux précédentes, l’illustration est à présent à fond perdu, il n’y a plus de fond de couleur marquant chaque sous-collection. La couverture me semble ainsi plus attractive. L’illustration répond au contenu, jusqu’à la présence du serpent, dénominateur commun de la tétralogie. Chairminator, l’illustrateur, a donc parfaitement géré les éléments du récit pour la réaliser. Dommage cependant que l’illustration n’ait pas été effectuée par Virgilles, comme les deux précédentes, ce qui aurait permis de garder une unité d’ensemble.

7-8-9 Crois-tu qu’ils bluffent ?, Jip, éd. Dominique Leroy, coll. e-ros, 3,99€