Idées fixes, roman masochistePremier roman d’Eugène Deschiffres, Idées fixes vient de paraître dans la collection e-ros D/s des éditions Dominique Leroy. Il s’agit d’un texte que j’avais lu il y a plusieurs mois, un texte que j’avais beaucoup apprécié. Après une rapide et récente relecture, voici quelques mots à son sujet.

Idées fixes : lesquelles ? l’asservissement absolu d’un homme, Alexis, à une femme, Christelle, autoritaire, altière, qui aime jouer avec l’attente, le voyeurisme, la frustration. L’homme, officiellement son mari, officieusement son esclave, ne pense qu’à elle, ne vit que pour être sous sa coupe. C’est un amour transcendé par l’humiliation et la douleur.

Comment, en effet, aurait-il pu supporter cette invraisemblable collection d’avanies, d’humiliations, de marques de mépris déversés quotidiennement sur sa tête, cette avalanche d’exigences futiles et imparables, sans la conviction d’un amour réciproque en tant que seul motif ? Et d’un plaisir jumeau en tant qu’unique but ? (p. 49/100)

Seulement, l’amour s’éteint. La deuxième partie du récit relate alors la relation d’Alexis et de Fabienne, qui a besoin d’être constamment admirée.

N’en avait-elle pas rêvé de ce voyeur docile et silencieux, de cet admirateur transi […] ? (p. 70/100)

Il se publie actuellement beaucoup de textes autour des thématiques BDSM. Les lecteurs qui aiment lire des bluettes dans lesquelles interviennent quelques accessoires ou attitudes empruntées au BDSM, puisque c’est majoritairement ce qui est publié, pourraient être désarçonnés par Idées fixes. Ceux qui ont l’expérience de ce genre littéraire, par contre, trouveront des motifs attendus, comme l’attelage humain ou le prêt de l’homme-objet.

Le roman est divisé en deux parties : « Une vie au service d’un fantasme », « Un fantasme au service d’une vie »,  une formulation symétrique bien trouvée. Le déroulement du récit n’est pas linéaire, des souvenirs s’intercalent. Alexis, prisonnier dans la cave, a le temps de se remémorer certains épisodes clés de la relation qu’il entretient avec Christelle et de creuser les raisons de son besoin de soumission. Mais comme sa maîtresse aime le harceler, ces souvenirs sont laissés de côté par l’urgence du moment présent, des nouveaux sévices psychologiques ou physiques que Christelle imagine.

Toute cette fantasmagorie redondante ne devait-elle sa naissance qu’à cette anecdote de cour d’école ? N’était-elle que le fruit d’un acquis ou sa conception procédait-elle, en amont, d’un caractère prédestiné, d’un paquet de gènes inaltérables, d’un inné n’attendant qu’un détonateur ? (p.22/100)

Dans la seconde partie, Fabienne relate ses propres souvenirs, notamment le moment déclencheur de son besoin d’exhibition. Il y a donc de fréquents aller-retour entre présent et passé. Dans cette deuxième partie, la soumission d’Alexis est un moyen pour Fabienne d’assouvir ses propres fantasmes exhibitionnistes.

Alexis relate par écrit son expérience de soumission, Fabienne découvre cet écrit au début de la seconde partie. Elle-même est écrivain, si bien qu’elle couche sur papier l’expérience qu’elle mène alors avec Alexis. Ces deux écrits seraient ainsi les deux parties d’Idées fixes

Idées fixes, Eugènes Deschiffres, éd. Dominique Leroy, coll. e-ros D/s, 5,99€