La Brigandine - Les dessous d'une collectionRomans érotiques truffés d’argot ou de jeux de mots qui font hausser les épaules ou sourire – c’est selon – avec des titres reconnaissables entre tous, aux situations abracadabrantes, qui flirtent souvent avec le polar, de qualité variable (le bon côtoie le pire), écrits sous pseudos divers par des auteurs auxquels on passait commande, « romans populaires séditieux » (comme l’auteur de ce livre les qualifie parfois) livrés chaque mois, tels ont été les livres de Bébé noir puis de la collection La Brigandine, objet de cet impressionnant volume : La Brigandine – Les dessous d’une collection.

Commençons par le début : un jour, j’ai reçu un courriel de Pierre Laurendeau (éditeur de Sous la cape) dans lequel il était question de ce livre à paraître aux éditions Artus. Le livre était en souscription, le sujet m’intéressait (je vous ai parlé de cette collection déjà ici ou là, parce que Pierre m’en avait parlé, parce que j’avais lu quelques-uns des romans, Pompe le mousse pour commencer, réédité à Sous la cape avant de l’être à La Musardine, etc.), bref j’ai souscrit. J’ai donc reçu le pavé (pas loin de 500 pages bien tassées) chez moi, avec une dédicace en sus.

On ne lit pas un tel volume d’une traite. J’ai donc lu une partie seulement, par petits morceaux, j’ai glané des critiques de textes, des introductions sur tel ou tel auteur, des entretiens. La Brigandine, Les dessous d’une collection est une mine d’informations. C’est dense, très bien documenté (on peut trouver tel livre dont l’auteur n’a pas été identifié derrière le pseudonyme utilisé, mais c’est un cas isolé). Les livres de la collection sont présentés de manière détaillée (avec couverture en couleurs, date de publication, résumé, critique et souvent des citations) et l’auteur de ce volume, Vincent Roussel n’encense pas ce qui ne mérite pas de l’être : il y a du bon mais aussi du mauvais et c’est agréable de lire des critiques qui osent l’affirmer. Plusieurs auteurs se prêtent au jeu de l’entretien, beaucoup avec désinvolture ; faire partie de La Brigandine a souvent été un moment de leur vie d’écrivain (ou d’autres métiers car tous n’ont pas continué à écrire), un travail alimentaire, mais avec un intérêt particulier : l’obligation de scènes de cul laissait place à une liberté d’écriture que l’on atteint rarement à présent (voire plus du tout : qui publierait de tels textes de nos jours?)

Un extrait de l’introduction (p. 15) qui ne manquera pas de vous interpeller :

« Paradoxalement, ces livres que l’on pourrait facilement qualifier de « misogynes » avec leurs femmes-objets en couverture lancées en pâture à la concupiscence masculine, sont, dans leur grosse majorité, des récits émancipateurs, à mille lieues de ces fantasmes de soumission à la mode actuellement. […] L’érotisme y est à la fois ludique et transgressif. Il est un moyen comme les autres de faire voler en éclats l’hypocrisie des conventions sociales et des normes de la famille traditionnelle. »

Et ce n’est pas jubilatoire, ça ?

Un livre à feuilleter et re-feuilleter, une référence à conserver précieusement.

La Brigandine – Les dessous d’une collection, Vincent Roussel, avec Gérard Lauve, Nicolas Felgerolles, Daniel Paris-Clavel, Frédérick Durand, Ariane Gelinas, David Didelot et Shigenobu Gonzalvez, préface de Jean-Pierre Bouyxou, éd. Artus films, 39€