Histoire de la bergèrePremier tome d’un cycle intitulé De la vie d’une chienne, Histoire de la bergère de Léo Barthe va sortir dans quelques jours sous forme d’un livre élégant aux éditions Le Tripode. J’ai été, à ma grande surprise, contactée par cette maison d’édition dont je n’avais encore jamais lu aucun livre et on m’a proposé l’envoi de ce tome. Un grand merci aux éd. Le Tripode pour cette lecture !

J’avais beaucoup aimé Camille puis Zénobie la mystérieuse de ce même Léo Barthe, ou encore Odeur de sainteté publié sous le nom de Jacques Abeille. On m’a dit le plus grand bien des Jardins statuaires que j’ai acheté sur le coup, mis dans un carton avant mon déménagement et très récemment enfin sorti de là pour l’empiler avec d’autres livres en attente de lecture… Bientôt peut-être.

Histoire de la bergère est un récit dans le récit. Un voyageur, à pied, qui erre où les chemins le mènent pousse la grille d’une propriété. Devant ses yeux se joue alors une scène érotique qui le marque et titille sa curiosité. En demandant des renseignements sur les propriétaires du lieu, il est mis en relation avec un homme qui lui raconte une histoire… Les dernières pages marquent le retour au récit premier : le voyageur, sur sa faim, demande quelle en est la suite et quel rapport ce récit entretient avec les personnages qui se sont livrés, impudiques, à son regard. Le lecteur, à la fin de ce tome, n’en sait donc pas plus que le voyageur et n’a qu’une hâte, connaître les événements postérieurs…

A présent que le cadre est posé, intéressons-nous à cette histoire de la bergère. Il s’agit d’un récit à la première personne, conduit par un homme qui vit de peu, du travail qu’on lui donne, ici ou là, dans des fermes, contre le gîte – dans une étable en général – et le couvert. Il ne travaille qu’en cas de froid, de besoin de nourriture plus roborative, se contentant de ce qu’il trouve lui-même, le plus souvent, préférant sa liberté, vivant dans la nature. C’est un sauvage, un homme taiseux devant lequel on parle car il écoute mais ne dit mot.

Un jour, une jeune bergère s’approche de sa cachette et met son cul à nu, se masturbe au-dessus des orties qui la piquent. Ce tableau hante le vagabond. Il ne pense plus qu’à revoir cette folle bergère, approcher ses doigts de ses orifices et la besogner ainsi. L’un et l’autre se retrouvent, se cherchent, jouent au chat et à la souris, il y a de la sauvagerie et de la tendresse, une grande timidité aussi, de la peur, car cet homme ne s’est jamais attardé nulle part, auprès de qui que ce soit.

Les jeux érotiques de la bergère et de l’homme sont des passages remarquables de ce court roman. Crus, mais beaux. Loin des rapports sexuels policés, urbains, si fréquents dans la littérature érotique, la sexualité est ici primitive, d’une bestialité candide. L’homme des fourrés et la petite – jamais un prénom ou un nom – jouissent de leur inventivité, se pourlèchent comme le feraient des animaux. A eux deux, ils forment un Éden loin des hommes, une bulle de sensualité sauvage.

Cela ne peut cependant pas durer éternellement…

Un beau texte, une belle écriture et une telle richesse dans le lexique que j’en suis émerveillée, comme à chaque lecture que je fais d’un titre de l’auteur.

En librairie à partir du 19 octobre.

Histoire de la bergère, De la vie d’une chienne, tome 1, Léo Barthe, éd. Le Tripode, 15€