Comment je suis devenue une proL’auteur, Zeppo, m’a contactée pour me proposer à la lecture son court roman (ou novella) Comment je suis devenue une pro. Je ne réponds pas à toutes les sollicitations, loin de là, parce que je reçois bien trop de messages, bien trop de propositions, pour satisfaire chacun. Pour ce texte-ci, je suis allée lire un extrait sur le blog de l’auteur, extrait qui m’a convaincue d’essayer (ainsi que l’existence du format ePUB, critère primordial pour moi).

Comment je suis devenue une pro nous oriente vers un texte écrit à la première personne par une femme. Or, en lisant les premières lignes, on comprend que le narrateur est un homme. C’est inattendu, déconcertant. En réalité, un homme et une femme sont tour à tour narrateur et narratrice. Le changement de point de vue est fréquent, il s’opère de manière très distinctive, il n’y a donc pas de problème pour mettre un nom sur chaque « je » du texte. Le changement de point de vue est-il une mode actuelle des textes érotiques ? Je me pose la question car j’ai lu assez récemment un roman de Jean-Baptiste Messier qui utilisait ce même procédé. Les passages dédiés à l’un ou l’autre narrateur/narratrice y étaient cependant plus développés. Dans Comment je suis devenue une pro, l’alternance est plus fréquente, peut-être un peu trop d’ailleurs, me suis-je fait la remarque, lorsque un personnage n’est intervenu que pour une ou deux lignes.

L’idée de comparer Comment je suis devenue une pro à Hellixir de J-B. Messier m’est venue par un procédé d’écriture, mais il aurait pu l’être aussi pour d’autres raisons : le motif de la femme qui aime le sexe et se prostitue, le motif de l’homme prédateur, tiraillé cependant par quelque chose qui le domine, l’amour qui surgit malgré la situation. Et même quelque chose d’indéfinissable, une façon d’écrire. Oui, bien des traits me permettent de rapprocher les deux textes. Comment je suis devenue une pro est cependant un peu plus court, plus dense.

Il s’agit d’un texte érotique sans concessions. Assez brutal. Ou plutôt brut. C’est un aspect qui m’a plu, parce que c’est un trait qui apparaît à mon avis assez peu dans les textes érotiques actuels, autant que je puisse en juger. Par contre, on peut lui reprocher un certain manque de finesse psychologique, des pensées trop tranchées. Brut est donc à la fois une qualité – parce que le texte agit par contraste par rapport à d’autres textes – et un défaut. Il y aurait peut-être quelque chose à travailler pour amener un peu plus de subtilité sans casser cet effet râpeux qui est appréciable.

Comment je suis devenue une pro semble la première œuvre (ou première œuvre érotique seulement ?) de l’auteur, Zeppo (que vous pouvez retrouver sur son blog). Ce texte me semble prometteur. Néanmoins, il ne faudrait pas, je pense, pour un prochain texte, que l’auteur réutilise le procédé d’écriture d’alternance de point de vue qui serait lassant (ou en tout cas qui me lasserait, moi, en tant que lectrice, si je le voyais utiliser de manière récurrente par un même auteur), mais parvienne à se renouveler.

Comment je suis devenue une pro, Zeppo, auto-édition, 8€ le format papier, 2,99€ le format numérique